Voici en quoi consiste la peine, ou plutôt le remède.

Mise à part pendant la récréation avec une petite novice comme gardienne, la délinquante ne doit point prononcer une parole. Il y a, au début, une courte lecture à haute voix, généralement un passage de l’Évangile ou de l’Imitation scrupuleusement choisi. La méditation qui suit est forcément dominée par cette lecture.

Mais avec quelle sollicitude la sentence est appliquée ! Cette jeune âme dont le malaise se traduit par un peu d’amertume et de méchanceté, n’en est pas moins une âme qui souffre. Il faut qu’elle reconnaisse ses torts, mais il faut aussi qu’elle se rassure et qu’elle reprenne courage. On compte sur la bonne nature pour aider à la guérison.

Aussi les « heures de silence » ne se font-elles jamais dans un endroit sombre, triste ou seulement clos, mais au grand air : l’hiver dans la Bonne Allée pleine de soleil, l’été dans les frais jardins de Nazareth, au milieu des fleurs qui embaument, des oiseaux qui chantent, des insectes qui bruissent, de ce tumulte léger mais continu de la terre, d’autant mieux perçu que l’on se tait soi-même.

L’enfant ne doit point se mêler à la vie, mais elle n’est pas soustraite au spectacle de la vie. Or, la petite novice occupée à quelque travail de couture, les sœurs converses qui vont et viennent pour l’accomplissement de leur service, les vieilles dames pensionnaires qui passent avec un livre ou leur sac à ouvrage : toutes ont cet air paisible des gens à qui la tâche quotidienne ne pèse point. A ce spectacle apaisant, la douceur, peu à peu, pénètre la jeune âme aigrie, la fait plus confiante et meilleure.

Après un remerciement à sa gardienne, et aussi des excuses — car la petite novice aurait mieux aimé être en récréation avec ses sœurs que de garder une méchante fille — la jeune pensionnaire se rend d’elle-même auprès de celle de ses maîtresses ou de ses compagnes qu’elle a plus particulièrement offensée, et elle la prie de bien vouloir faire la paix.

Il arrive parfois que l’on est obligé de doubler, de tripler la dose, mais c’est rare. Dans la majorité des cas, une séance unique suffit.

Marie-Rose fut une habituée des « heures de silence ». Quand elle se sentait en mauvaises dispositions, elle les réclamait de son propre chef, tant elle y trouvait d’apaisement et de bien-être.


Les Billets. — Afin que les enfants soient bien convaincues de l’importance qu’offre leur travail et leur conduite, on entoure de pompe la communication des notes hebdomadaires. La cérémonie, bizarrement appelée Billets se passe Sous la Chapelle, une belle salle très austère qui, pour la circonstance, prend son air des grands jours. Les enfants sont rangées par classe, le tablier enlevé, la ceinture de soie tranchant sur la robe d’uniforme.