Tous les dimanches, quand dix heures sonnent au carillon de la Communauté, la Préfète et les religieuses, mères ou sœurs qui, pour si peu que ce soit, ont affaire au Pensionnat, font leur entrée. Alors, d’un mouvement précis, les enfants sont debout, en ligne parfaite, la tête droite, comme des troupiers bien exercés.

C’est très solennel dans sa grande simplicité, au point que l’on s’étonne presque de ne pas entendre une annonce telle que : « Le tribunal !… » ou bien : « La cour !… »

Après les places et les notes de conduite, on passe aux observations générales par groupements ; classes, dortoirs, récréations, puis aux observations personnelles. Ces dernières sont ordinairement synonymes de reproches. Pour un fait particulièrement grave, l’inculpée est debout, isolée, bien en vue, face à l’Aréopage tant que dure la remontrance.

Les nouveaux principes d’éducation s’opposeraient à ces manifestations de blâme, sous prétexte qu’« il faut épargner aux enfants toute blessure d’amour-propre ». Au couvent, on n’avait point de ces scrupules. On y mettait en pratique ce vieil adage : « Qui aime bien, châtie bien. » Et l’on n’avait garde de négliger ce précieux élément de formation qu’est l’exemple. Les enfants avaient été témoins de la faute de leur compagne ; il fallait qu’elles sussent exactement en quoi consistait cette faute et comment on pouvait l’éviter et la réparer.

Il convient d’ajouter que l’éducation reçue venait atténuer, ou tout au moins modifier, la nature du froissement. On était, en général, humilié de la faute plus que du blâme. Et il n’était pas rare que pour un méfait anonyme dont la mère Préfète donnait connaissance, la coupable se levât et dît courageusement : « C’est moi ! »

Les Billets ne comportent pas que des réprimandes ; on y fait une distribution de croix dites de « science » et de « bonne conduite ». Pour un travail remarquable ou une sagesse exemplaire, on est félicitée. Pour le moindre effort, on reçoit des encouragements, même si l’effort n’a pas été couronné de succès. Le mérite de chacune est apprécié comme il convient. Il faut une semaine bien insignifiante, bien terne, pour n’être pas citée nominativement.

Bien que la séance des Billets soit sévère et que beaucoup d’enfants l’appréhendent, aucune n’en sort avec le cœur ulcéré. Toutes, au contraire, s’en trouvent mieux disposées à l’obéissance et à l’application, parce que derrière les admonestations les plus rudes, elles devinent l’affection de leurs maîtresses.


La discipline. — Quoi qu’en pensent les modernes pédologues dont la sollicitude pour l’enfant s’est transformée en « culte », ainsi qu’ils le professent eux-mêmes, une discipline bien entendue n’a point pour résultat d’abolir les caractères, mais de les tremper.

C’est grâce à la discipline que l’enfant s’accoutume non seulement à faire, mais à vouloir ce qu’il faut, et non ce qui lui plaît ; c’est-à-dire à substituer l’esprit de devoir à sa fantaisie. C’est la discipline qui lui apprend à dominer un caprice ou un accès de paresse, et à résister au mauvais exemple. Il n’y a pas de meilleure école pour la volonté.