Au couvent, la discipline n’est ni maussade, ni tatillonne, mais elle est appliquée avec une fermeté, une persévérance que rien ne fléchit.
L’empreinte. — Pour ce qui est de la direction des jeunes esprits, l’empreinte congréganiste n’est pas telle que certains le prétendent. Sans doute, on cherche à canaliser l’énergie toujours flottante de l’enfant pour la guider vers le bien ; mais on évite de la déformer, à plus forte raison de la détruire. Et si l’on s’efforce de créer une personnalité aux fillettes qui en sont dépourvues, c’est toujours dans le sens de leur nature et de leurs capacités.
Il y a certains points d’éducation sur lesquels on insiste avec le plus grand soin, avec acharnement, presque.
On habitue, notamment, les pensionnaires à tout faire en ordre, sans hâte ni bousculade, dans le temps, de la manière qu’il convient et avec toute la perfection possible. On n’admet point d’ouvrage bâclé, si minime que soit l’ouvrage.
On les accoutume à prendre la responsabilité de leurs actes, à reconnaître leurs torts publiquement, à ne pas craindre la vérité sous quelque forme qu’elle se présente, à respecter leur conscience plus que les jugements du monde.
On les habitue à avoir le souci constant des autres, à ne les molester, à ne les gêner en rien. De là, cette discrétion, parfois extrême, dans les mouvements, les gestes, la démarche, particulière aux élèves des congrégations. Certains qualifient cette réserve de sournoiserie ; elle est tout simplement une marque du respect que l’on doit au repos et aux aises d’autrui.
On leur enseigne la modestie, non point cette humilité rampante et servile qui, la moitié du temps, est la doublure de l’orgueil, mais l’humilité fière et digne qui provient de la connaissance de soi-même, de sa propre faiblesse, de la médiocrité des moyens dont on dispose, de la toute petite place qu’on occupe dans le monde. Il convient d’ajouter qu’on n’est point modeste uniquement pour son propre compte mais pour une bonne partie de l’humanité. « Très peu auraient le droit de s’enorgueillir, répète-t-on aux enfants, et ceux-là n’y songent point. »
On cherche encore à leur inculquer le sentiment de l’égalité. Cela ne veut point dire qu’on leur prône l’anarchie. Le principe de l’autorité est, au contraire, fermement établi et scrupuleusement respecté ; mais l’obéissance qu’on exige d’elles n’entraîne aucune servilité. On ne montre pas la supériorité humaine dans la richesse ou dans un pouvoir arbitrairement départi, mais dans la science et surtout dans la vertu.
Au reste, la vie religieuse est un modèle constant d’égalité. Les premières places, celles de supérieure, d’intendante, de préfète, obtenues seulement par l’élection y comptent moins d’honneurs que de responsabilités ; et, une fois leur mandat terminé, les dignitaires rentrent dans le rang où rien ne les distingue plus de leurs compagnes. Les enfants sont à même de l’observer pendant toute la durée de leurs études.