Un jour, au temps qu’elle était encore sous la tutelle de la petite sœur d’Ailly, Marie-Rose avise, près de Nazareth, un marteau oublié. L’idée lui vient de donner de grands coups dans un banc qui est à sa portée. Mais l’un de ses doigts se trouve entre le marteau et le banc et c’est le petit doigt qui reçoit le coup.
Marie-Rose ne se plaint jamais, et, pour rien au monde, elle ne pleurerait devant témoins. Mais comme elle sent très vivement au physique et au moral, il faut toujours un dérivatif à ses souffrances et à ses petites colères. Elle va droit à sœur d’Ailly et, la voix tremblante, car le doigt blessé lui fait grand mal, elle dit, sans le moindre préambule :
— Je ne l’aime pas, moi, le père saint Joseph.
— Et pourquoi, s’il vous plaît, n’aimez-vous pas saint Joseph ? interroge la petite sœur légèrement scandalisée.
— Il forçait le petit Jésus à travailler à son établi, et cela fait beaucoup de mal, les coups de marteau.
— Mais le petit Jésus, qui était très appliqué, ne se donnait peut-être pas de coups de marteau.
— Oui, il s’en donnait, affirme péremptoirement Marie-Rose, et son ongle devenait tout rouge.
Cette précision de détails éclaire la sœur d’Ailly qui attire l’enfant vers elle.
— Montrez-moi donc ces menottes… Ah !… voici un coup de marteau, en tout cas, dont saint Joseph ne saurait être rendu responsable. Allons bien vite panser cette grave blessure, et désormais ne mêlons point les innocents à des avanies où ils ne sont pour rien.
Ce fut tout pour le moment. Marie-Rose, le doigt emmailloté du chiffon traditionnel, fut envoyée chez la mère Préfète où elle se plaisait plus que partout ailleurs, et où sa petite âme tumultueuse retrouvait toujours le calme et la paix.