Mettant à profit l’émoi récent qui aiguisait l’esprit de la fillette et le rendait plus apte à comprendre, la mère Assomption reprit l’observation de la petite sœur d’Ailly ; elle la développa, la précisa ; et, de son ton doucement autoritaire, persuada la petite fille que ce n’était ni brave ni loyal de ne pas prendre la responsabilité de ses actes. De quelles expressions se servit-elle pour donner un si grand enseignement à une si petite intelligence ? Marie-Rose était trop jeune pour les avoir retenues ; peut-être même y en eut-il un certain nombre dont le sens exact lui échappa, mais l’ensemble de la leçon, elle le comprit et ne l’oublia jamais.


Marie-Rose qui, au demeurant, n’est pas une mauvaise petite fille, a parfois des idées très malfaisantes. Elle avait neuf ans et faisait partie de la classe bleue — la terrible classe bleue — quand elle eut la belle invention qui suit :

Elle est semainière au dortoir et fait la distribution des « paquets de nuit ». La mère Saint-Boniface est occupée à arranger une veilleuse qui ne va pas ; la moitié du dortoir l’entoure, s’intéressant à l’opération.

Marie-Rose pense que le moment est propice aux aventures ; on n’a pas tellement l’occasion de faire des sottises. Elle prend une ficelle que le hasard met à sa portée et elle l’attache à l’anse du premier pot à eau ; puis elle la passe successivement dans les anses voisines et la noue à la dernière anse.

Une fois dans son lit, la petite fille est prise de remords. Le résultat de son opération reste pour elle imprécis, mais elle est bien certaine qu’il sera désastreux. Et son imagination se met à battre la campagne.

Elle ne peut pas défaire ce qu’elle a fait… du moins sans se vendre… Ce serait peut-être encore le mieux…, tout avouer à la maîtresse… Elle en est bien persuadée…, pourtant elle ne bouge point. Toute son énergie est accaparée par la réflexion et les regrets préventifs, il n’en reste plus pour l’action.

Le lendemain, Antoinette Saint-Clair, qui était très ambitieuse d’être « la première à coiffer », se précipite vers le placard, et, sans voir la ficelle, enlève son pot à eau qui entraîne les autres, puis les cuvettes, puis une partie des boîtes à savon et des verres à dents.

Il en résulte un fracas épouvantable, Antoinette crie comme une brûlée. Tout le monde veut se précipiter sur le lieu du sinistre, la mère Saint-Boniface ordonne que personne ne bouge ; le dortoir est dans une agitation extrême.

— C’est moi, fait piteusement Marie-Rose, sans attendre l’enquête.