— C’est vous qui ?… quoi ?…

— … Qui ai attaché toutes les anses des pots avec une ficelle.

Constatation faite, on rit plus fort qu’on n’avait crié, sauf pourtant Marie-Rose qui reste penaude devant le formidable amas de tessons dont elle est l’auteur.

Il fallut appeler la bonne sœur pour réparer le désastre, emprunter du matériel de toilette aux autres dortoirs qui s’exécutèrent avec une absolue mauvaise grâce. On eut beaucoup de mal à rétablir l’ordre et le silence, la division de l’Ange Gardien arriva au réfectoire avec un retard sérieux et il y eut une distribution générale de pensums.

Toute la journée Marie-Rose sentit peser sur elle le fardeau de son méfait. Elle fut d’une sagesse exemplaire et on ne l’entendit pas plus qu’une petite souris. « Mais, comme disait la mère Économe, cela ne raccommode pas les cuvettes. »

Évidemment non, cela ne raccommodait pas les cuvettes, mais ce recueillement prolongé disposait Marie-Rose à comprendre la leçon qui allait lui être donnée.

A l’heure de la collation, la mère Préfète fit venir la coupable dans son cabinet ; et, posant sur elle ce regard qui pénétrait jusqu’à l’âme, elle dit :

— Ma fille, vous êtes très coupable ; vous vous êtes exposée à blesser grièvement Antoinette ou telle autre de vos compagnes qui se rendait la première au placard. Écoutez-moi attentivement. Vous connaissez Marie Souchon, cette pauvre petite orpheline dont le visage couturé fait pitié à tout le monde… Eh bien, savez-vous de quelle manière elle a été blessée autrefois ?… En tombant sur un siphon… pas plus. A recevoir toute cette faïence, Antoinette pouvait être défigurée comme elle.

Marie-Rose sentit un frisson douloureux lui parcourir tout le corps. Elle se trouvait aussi coupable que si Antoinette eût été réellement défigurée par sa faute.

— La Providence vous a épargné un grand remords, poursuivit la mère Assomption. Certes ! je n’incrimine pas vos intentions. Je sais que, loin d’être méchante, vous feriez tout au monde pour éviter aux autres le plus léger ennui. Mais vous voyez vous-même que cela ne suffit pas. Il faut vous accoutumer à prévoir, à mesurer les conséquences possibles de vos actes.