Cette leçon qui avait fort impressionné Marie-Rose, fut complétée, soutenue par une autre qu’elle reçut un peu plus tard et qui la guérit à tout jamais de la manie malfaisante — et le plus souvent stupide — de faire des niches.

Les lanternes dont les religieuses professeurs se servent pour rentrer à la communauté les soirs d’hiver, sont déposées Sous la Barrière — endroit qui serait mieux désigné Sous l’Escalier, mais qui tire son nom de la barrière qui le clôt. Or, Sous la Barrière se trouve également une belle fontaine de cuivre rouge où les pensionnaires se lavent les mains. De tout temps, les lanternes ont été l’objet de perpétuelles avanies de la part des pensionnaires. On les perche tout en haut du casier à chaussures ou bien on les accroche à un gros piton vissé au plafond. On fiche les chandelles la tête en bas, on coupe la mèche aussi ras que possible, on la mouille au moment où il faut l’allumer, etc. On se livre aussi à des permutations nombreuses : telle qui était venue avec une grande chandelle s’en retourne avec une petite, et vice versa. Tout cela entraîne, du côté des religieuses, à des explications sans fin, à des rétablissements laborieux et chagrins dont se gaudissent les coupables ; du côté des élèves, à un temps d’arrêt au pied du grand escalier, à des plaintes parce qu’on gèle, à des récriminations parce qu’on arrivera en retard au souper, finalement à du désordre qu’il faut punir.

Un jour, au moment de la collation, Marie-Rose avait mis hors de service la chandelle de la mère Saint-Boniface. Puis, prise de remords, ainsi qu’il lui arrivait souvent, et désirant réparer sa malice par un acte de complaisance, elle se mit en devoir de transporter la chaufferette de la religieuse de Sous la Barrière où elle était en dépôt pour être renouvelée à la « guette » où la surveillante générale se tenait pendant les classes. Comme Marie-Rose était extraordinairement maladroite et brouillon, elle culbuta la chaufferette qui s’éteignit.

La « guette » était très mal abritée : chaude en été, glaciale en hiver. De toute l’après-midi, Marie-Rose ne put détacher sa pensée de la pauvre religieuse qui grelottait par sa faute. Et son chagrin était encore augmenté par la perspective de l’ennui qui attendait sa victime au départ pour la Communauté.

La petite fut un peu distraite en classe, mais très sage ; et elle accepta sans murmurer la punition qui lui fut octroyée pour son méfait.

Le lendemain, la mère Saint-Boniface était enrhumée. A chaque éternuement, à chaque son de sa voix cassée, Marie-Rose la regardait avec des yeux pleins de repentir et de désolation.

La mère Préfète, à qui rien n’échappait, trouva l’occasion bonne pour frapper l’esprit très impressionnable de l’enfant.

Elle la laissa toute la matinée ruminer son regret ; et, à la récréation, elle l’appela dans son cabinet avec trois autres Rouges un peu plus âgées.

Suivant son habitude de partir d’un fait précis pour arriver à la leçon de morale, elle s’adressa à l’une des fillettes.