Les nouvelles méthodes d’éducation, sans doute pour se mettre à la hauteur des idées philanthropiques si fort en vogue à l’heure actuelle, ont supprimé la pénitence qu’elles remplacent par une « direction morale bien entendue ». C’est à l’usage que l’on connaîtra la valeur du système. Au temps de Marie-Rose, on employait simultanément les deux moyens et l’on s’en trouvait fort bien.
La « direction morale bien entendue » peut et doit suffire à l’éducation particulière ; mais, pour l’éducation commune, il faut quelque chose de plus. La faute étant publique, la sanction doit être également publique. Pour frapper l’esprit simple, un peu fruste des enfants, il faut un signe sensible du blâme encouru.
Aussi la punition est-elle considérée moins comme un châtiment que comme un exemple ; et c’est pourquoi elle revêt des formes extrêmement variées. Elle épouse la faute, si l’on peut s’exprimer ainsi.
Chez les Vertes, l’autorité envoie au « coin » traditionnel les turbulentes que le repos, le silence et une obscurité relative ont bientôt fait de calmer. On subit la peine du « coin » assise sur un petit tabouret. Dans certains cas notablement graves, on a les mains derrière le dos.
Pour les paresseuses, il y a le bonnet d’âne en papier jaune très épais et très rigide. On use fort peu du bonnet d’âne. Il faut, pour le mériter, une ténacité toute particulière dans la fainéantise.
Un des principaux moyens de coercition, dans les classes moyennes est l’écriteau. Sur un rectangle de papier on porte sa qualité écrite en belle moulée : paresseuse, causeuse, étourdie, rapporteuse, raisonneuse, opiniâtre, impolie, turbulente, effrontée, fourbe, menteuse.
Dans les cas légers, l’écriteau ne dure que le temps de la classe, de sorte que les proches compagnes, celles qui ont été témoins du délit, sont seules averties. Mais pour des circonstances plus graves, surtout quand la coupable ne veut point reconnaître sa faute et promettre de se corriger, on porte son écriteau au réfectoire afin que personne n’en ignore.
Il y a des qualificatifs qui ne tirent pas à conséquence. On peut être étourdie, babillarde (au couvent on dit causeuse), sans perdre l’estime publique ; mais les rapporteuses sont mises au ban du pensionnat. La délation est mal vue des maîtresses au moins autant que des élèves. Il en va de même pour la fourberie et le mensonge.