Ces deux derniers méfaits entraînent une peine infamante : le « nœud de fourberie » et la « langue rouge ».
Les hypocrites sont méprisées de toutes ; mais l’hypocrisie est une manière d’être assez difficile à saisir, tandis que la fourberie se manifeste par des actes ; et ces actes sont sévèrement réprimés.
Écrire sur un papier d’allure insignifiante un nom propre, une date, une note quelconque dont on se servira en composition… grignoter du chocolat caché dans son mouchoir en paraissant avoir affaire à son nez…, changer subrepticement du matériel scolaire endommagé contre le matériel intact de ses compagnes… : tout cela, et bien d’autres choses encore, constitue la fourberie, et celles qui en sont convaincues, portent toute la journée les insignes de leur qualité. Le « nœud de fourberie » est attaché en arrière de l’épaule gauche. Il est en ruban de laine gris brun, de couleur terne, neutre, bien symbolique de ce vilain caractère qui ne veut point se laisser voir tel qu’il est. La fourbe est en quarantaine tant qu’elle est marquée du signe de la honte, une quarantaine méprisante plus lourde à supporter que des manifestations hostiles.
La langue de drap rouge, qui s’attache à l’encolure et descend jusqu’à la moitié du dos, est le châtiment du mensonge. On n’arrive pas d’emblée à la « langue rouge », pas plus qu’au « nœud de fourberie » ; il faut, pour cela, un certain endurcissement dans le mal. Aussi ces deux punitions infligées sont-elles des événements au pensionnat. Les petites vont se poster derrière la coupable et examinent la pièce d’infamie comme si elle contenait des hiéroglyphes très importants et très difficiles à déchiffrer ; tandis que la délinquante cherche les murs pour s’y adosser et échapper ainsi aux affronts.
Quoi qu’en aient pu dire certaines gens qui n’ont jamais passé le seuil d’un cloître, on est franc et loyal au couvent. Sans doute il y a bien quelques menteuses, mais elles sont rares. On dit d’elles : « C’est une qui ment », comme on dirait : « C’est une qui a la gale. »
La nouvelle école pédagogique repousserait certainement le « nœud de fourberie » et la « langue rouge » comme des supplices par trop chinois. Certes ! les maîtresses de Marie-Rose n’eurent jamais l’idée qu’un ruban de laine et un morceau de drap suffisent pour modifier le naturel d’un enfant, et la pénitence était toujours étayée de conseils judicieux ou d’admonestations sévères. Mais l’exemple était saisissant pour les petites, pour celles dont le jugement n’était pas encore formé, et qui étaient surtout sensibles aux signes extérieurs. Elles pensaient et se disaient entre elles : « Faut-il que le mensonge et la fourberie soient des choses horribles pour qu’on les punisse ainsi ! »
Le bonnet de nuit (la calipette) est destinée à rabattre l’orgueil sous quelque forme qu’il se présente : arrogance, fatuité, morgue, jactance, piaffe. L’énumération est du cru de la mère Saint-Jacques, qui fait profession de haïr ce péché capital, « et toute la séquelle qu’il traîne après lui, et tout le mal qu’il fait, et toutes les peines qu’il cause. »
Il faut l’entendre, d’un mot bien trouvé et bien appliqué, remettre les orgueilleuses à leur place — une bien mauvaise place, entre parenthèses. Elle est implacable pour celles qui mortifient leurs compagnes. Une parole de mépris, surtout si elle s’adresse à une enfant gauche, timide, mal douée, est sévèrement réprimandée.