— En quoi êtes-vous supérieure à votre compagne, s’il vous plaît ?

Suit alors un petit examen de conscience qui n’a rien d’agréable pour la patiente et qui se termine par la cérémonie du bonnet de nuit.

Les grandes coquettes ont pour punition d’aller aux offices du dimanche avec la robe de tous les jours. « Ah ! mes petites amies, vous tenez aux atours ! eh bien, vous serez privées du talma, du pince-taille, de la capote à bavolet et de toutes ces choses élégantes qui parent si bien vos compagnes. »

Car la coquetterie s’est glissée au couvent. Elle sévit, déclare la mère Saint-Boniface. Et Dieu sait si on l’abomine et si on la pourchasse, sous tous ses aspects !

Chaque dortoir est pourvu d’un objet qu’on appelle présomptueusement « la glace » et qui n’est qu’un pauvre petit miroir où l’on a bien de la peine à voir sa figure tout entière. La glace est accaparée par deux ou trois pensionnaires, toujours les mêmes. Les autres sont des indifférentes ou des résignées. Ces dernières cherchent des compensations et en trouvent.

Il y a, au fin fond des poches ou bien dans les pupitres, entre les livres, sous les cahiers, des miroirs de contrebande que l’on consulte quand cela est possible. Les maîtresses font, à ces engins de coquetterie, une guerre implacable. Elles organisent des battues générales, tendent des pièges, et il est bien rare qu’une « mirette », comme dit la bonne sœur Sainte-Claire, apportée au jour de sortie existe encore à la sortie suivante. On en est quitte avec un nouvel achat.

Pendant l’intérim, on a recours à divers expédients dont un est classique. Une pensionnaire complaisante se place derrière une vitre sur laquelle elle étale son tablier de classe ; et, de l’autre côté, la jeune coquette peut à loisir, « contempler son visage ».

Il va sans dire que cette manœuvre est sévèrement réprimée.

— C’est pire que tout, affirme la mère Assomption, parce que, à la vanité, vous joignez la fourberie.

Et l’on est punie du « tous les jours ».