La mauvaise tenue à table est sévèrement réprimée, et voici en quoi consiste le châtiment. Il existe, au bas du réfectoire, une table destinée à recevoir les assiettes et les bouteilles nécessaires au service. Mais cette table a un autre usage ; on y envoie, en tête à tête avec la faïence et la verrerie, les élèves coupables de quelque accroc à la civilité. Pour cette circonstance, la table aux bouteilles prend le nom de « table de confusion ». L’envoi à la « table de confusion » est considéré comme quelque peu infamant. On s’en sert même dans les grandes disputes.

— Je ne veux pas avoir affaire à une personne qui a été à la « table de confusion ».

Il convient de dire que chez ces enfants appartenant toutes à de bonnes familles, les fautes d’éducation sont très rares.


Dans les classes supérieures, la punition dominante consiste en lignes. L’autorité n’en abuse pas ; encore s’arrange-t-elle pour en tirer quelque bénéfice. On ne copie pas les lignes, on les apprend par cœur. Et il ne suffit pas de les réciter, il faut les dire en donnant le ton convenable et en articulant bien chaque syllabe.

« Le vaisseau, qui était arrêté et vers lequel s’avançaient Télémaque et Mentor, était un vaisseau phénicien qui allait dans l’Épire. »

C’est la mère Saint-Bernard qui donne les lignes dans Télémaque — un Télémaque légèrement expurgé, « à l’usage des jeunes demoiselles », et qui est la lecture de fond de la classe blanche.

La mère Préfète impose l’histoire de France, la mère Saint-Paul, l’histoire ecclésiastique, mais il est si rare qu’elles punissent que cela ne vaut pas dire. Le respect et la confiance qu’elles inspirent suffisent au maintien de l’ordre en ce qui les concerne.

Avec la mère Saint-Vincent à l’écriture, et la mère Sainte-Rosalie au travail manuel, on s’en tire avec quelques demandes de catéchisme — une seule même parfois — au gré de la coupable qui, naturellement, s’arrête à la plus courte, la plus facile, une qu’elle a récitée cent fois :

D. — Où Jésus-Christ est-il né ?