R. — A Bethléem, dans une étable.
— L’exemple y est toujours, disent les bonnes mères pour s’excuser de leur faiblesse.
La mère Saint-Jacques a choisi l’Évangile, un bouquin tout petit, avec une justification qui semble faite tout exprès : trente-deux lettres à la ligne, et de bonnes grosses lettres bien rondes qui se lisent toutes seules.
Quant à la mère Saint-Boniface, elle a jeté son dévolu sur la cosmographie : cinquante-deux lettres à la ligne, et des lettres toutes petites, serrées, boueuses, — de quoi perdre la vue, affirme la mère Saint-Jacques qui ne se targue pas d’esprit scientifique.
Soit en pensum, soit à la classe, Marie-Rose apprit et récita plusieurs fois son petit traité de cosmographie, mais ce fut sans y prendre le moindre intérêt. Les lignes, points et cercles de la sphère, les constellations et le zodiaque, le calendrier julien et le calendrier grégorien restèrent pour elle un mystère qu’elle ne chercha jamais à pénétrer. Et elle se donna pour excuse à elle-même que cette science évoquait l’image rébarbative de la mère Saint-Boniface.
La consigne n’est appliquée que le premier jeudi du mois, seul jour où l’on sorte, en dehors des grands congés du Jour de l’An, du Carnaval, de Pâques et de la Pentecôte. Il n’existe qu’un cas de consigne, celui où le cahier de pensums est tellement chargé qu’il n’y a pas d’autre moyen de liquider la situation.
La consigne n’est pas très rigoureuse. Le matin, on accomplit une tâche imposée ; l’après-midi, on joue avec les pensionnaires que leurs familles n’ont pu faire sortir et qui n’ont en ville ni parents ni correspondants.
Comme on se trouve là en petit comité, on jouit d’une liberté plus grande. Et les maîtresses de classes ayant, ce jour-là, un repos complet, on est gardée par des religieuses qu’on n’a pas l’habitude de voir. Cette légère modification suffit à contenter des fillettes qui ne sont pas exigeantes.
On prend contact avec la mère Sainte-Élisabeth qui est si drôle, si drôle sans s’en douter. Sa mémoire, en ce qui concerne les faits récents, est un peu brouillée et elle confond les pensionnaires actuelles avec leurs mamans qu’elle a connues autrefois. Les petites Champbourg sont, pour elle, des demoiselles Herbelin, Marthe Friardel se change en Clotilde Bérurier, et ainsi de beaucoup d’autres. Il s’ensuit parfois des confusions du plus haut comique, que les enfants, bien entendu, se gardent de dissiper.