On voit encore la mère Sainte-Monique, à qui l’on peut dire autant de bêtises, et des bêtises aussi grosses que l’on veut. Non seulement elle ne s’en aperçoit pas, mais elle y répond avec une ingénuité qui met en joie les malicieuses.
Ni à l’une ni à l’autre, les autorités ne songeraient à confier une division au complet, mais elles suffisent au petit troupeau des premiers jeudis du mois. Les enfants, du reste, rougiraient d’abuser de la situation. Pour être consignées, on n’en est pas moins une majorité de très honnêtes petites filles ; et si l’une d’elles tentait de se livrer à une incartade trop corsée, les autres auraient vite fait de la rappeler à l’ordre.
La satisfaction est portée à son comble aux heures de la mère Saint-Michel. Ce n’est pas qu’elle soit bien sympathique, et l’on bougonne fort quand c’est son tour de servir au réfectoire. Mais elle sait et raconte des histoires terrifiantes de voleurs qui se cachent sous le lit des gens, lesquels, pour échapper auxdits voleurs, sautent par la fenêtre et tombent providentiellement sur une voiture de foin sans se faire de mal ; ou encore de criminels variés qui se convertissent et font ensuite l’édification de leurs semblables.
Ce genre de récits n’est pas bien dans l’esprit ni dans les usages du couvent ; c’est sans doute pour cela que les enfants les recherchent avec tant d’avidité.
La mère Préfète doit en avoir connaissance — pour elle, rien ne passe inaperçu — mais elle ferme les yeux. Le danger ne lui semble point pressant. Ces narrations s’adressent à un petit nombre ; elles sont très espacées ; elles comportent toujours un enseignement moral. Et l’avis des autorités est qu’il ne faut point trop tenir l’âme des enfants dans du coton, pas plus que leur corps.
IV
L’INSTRUCTION AU COUVENT
Les pensionnaires des couvents ne savaient pas les mêmes choses que les lycéennes et les normaliennes actuelles, mais elles savaient tout autant de choses, et ce qu’elles savaient était pour le moins aussi utile.
Les élèves des établissements officiels triomphent aux examens, parce qu’elles y sont préparées dès leur premier jour d’école. Si l’on instituait les examens d’après les programmes des congrégations, il est probable que les lycéennes resteraient court plus d’une fois.
Les maîtresses de Marie-Rose ne cherchent pas à faire des érudites. Elles sont d’avis, avec les grands éducateurs de toutes les époques, que l’enseignement doit tendre à développer le jugement, à former le caractère des enfants, autant pour le moins qu’à meubler leur mémoire.
Les programmes ne sont pas chargés. Ils exigent une application soutenue, mais non excessive et n’entraînent aucun surmenage. Ils sont établis de manière à ce qu’on ait le temps de les épuiser et même de les revoir dans le courant de l’année scolaire ; en sorte qu’il n’y a pas de « trous » dans telle et telle branche ainsi qu’il arrive quand on en veut trop faire à la fois.