Et il fait ranger les Vertes à droite et à gauche de la classe, leur indique une page du psautier, et ces gamines de sept ans psalmodient comme de vrais moines.
En outre, on apprend aux petits Bénédictins à déchiffrer les grimoires. Leur classe est en possession d’un ouvrage intitulé : Choix gradué de cinquante sortes d’écriture pour aider à la lecture des manuscrits. Parmi ces cinquante sortes, il y en a de très vilaines et de très difficiles. De plus les Préceptes pour la conduite de la jeunesse et les Récits d’humanité, de piété filiale, d’amour fraternel, de progrès extraordinaires de la part d’enfants âgés de six à douze ans sont d’un style aussi étrange que la calligraphie. Mais il n’est pas pour étonner les petites pensionnaires qui, à certains égards, vivent au couvent, la même existence que leurs aïeules.
Marie-Rose apprit à lire avec ravissement. Bien qu’elle fût très turbulente, les leçons de lecture ne lui paraissaient jamais trop longues. Son jeune esprit recueillait avidement toutes les connaissances nouvelles qui lui étaient offertes. Les détails, en apparence les plus insignifiants, provoquaient de sa part des questions nombreuses ou la plongeaient dans des rêveries sans fin.
Elle aimait tellement la lecture que, si la cloche sonnait au moment d’un passage intéressant, elle disait à la maîtresse :
— Laissons-la sonner, mère Sainte-Thérèse, et restons à lire. Les autres dîneront bien sans nous.
Tout au début des études, on apprend l’Histoire sainte que la religieuse explique d’après les grands tableaux suspendus à la muraille en attendant qu’on soit capable de l’étudier toute seule dans un livre.
Il ne s’agit pas là d’un ouvrage portant en sous-titre : à l’usage des enfants. Non, c’est l’histoire du peuple hébreu narrée de cette manière simple, mais grave et un peu solennelle que l’on recherche au couvent et qui convient aux récits bibliques — manière, du reste, que les esprits ingénus aiment et comprennent beaucoup mieux qu’on ne paraît le croire.
« Vers le temps de la mort de Joseph, vivait en la terre de Hus, un descendant d’Esaü nommé Job… »
« La famine obligea un homme de Bethléem, nommé Élimélech à passer dans le pays de Moab avec Noémi, sa femme, et ses deux fils, Mahalon et Chélion… »