« Parmi les captifs emmenés en Assyrie, se trouvait Tobie, de la tribu de Nephtali… »
Cette quasi-perfection du style fut sans doute pour quelque chose dans le goût passionné que Marie-Rose témoigna pour l’Histoire sainte. Rien que les noms propres la ravissent : Malalaël, Séboïm, Bethléem, Mageddo, Capharnaüm, Nazareth, Cléophas d’Emmaüs, etc. Elle aime à les lire et à les relire, et, le livre fermé, ils chantent encore dans sa mémoire.
Elle est extraordinairement ferrée sur les nomenclatures. Elle récite imperturbablement la liste des patriarches, de Seth à Abraham, des douze fils de Jacob, des quinze juges, des dix-neuf rois d’Israël et des vingt rois de Juda.
Sur la carte de Palestine, elle trouve sans hésiter Haran de Mésopotamie, Hur de Chaldée, la vallée de Mambée, le Jourdain, la plaine de Seïr, tous les endroits où vécurent Abraham et ses descendants. Elle se plaît à suivre l’itinéraire des Israélites dans le désert, s’arrêtant avec eux à Soccoth, leur premier campement, à Elim où il y avait douze fontaines et soixante-dix palmiers, au rocher d’Horeb d’où la baguette de Moïse fit jaillir l’eau fraîche, à Raphidim où Amalec fut vaincu grâce aux mains implorantes du prophète, à Sinaï, la montagne de la Loi, au mont Nébo, de la chaîne d’Abarim où le législateur aperçut la Terre promise, à Jéricho qui tomba au son des trompettes, etc.
La représentation mentale est, chez elle, extraordinairement claire et tenace. Elle vit, par la pensée, l’existence de ce peuple pour lequel elle se passionne. Elle pleure avec Agar qui voit son petit garçon agoniser au désert, avec Jocabed obligée d’exposer le sien sur les eaux du Nil, avec Respha disputant aux corbeaux les cadavres de ses fils, et elle s’exalte avec la mère des Macchabées.
Quand son tour vient de raconter des choses qui l’émeuvent, sa voix s’étrangle, et, parce qu’elle ne veut jamais pleurer en public, elle dit simplement :
— Je ne sais plus.
Si l’on insiste, si l’on affirme qu’elle sait, elle répond alors :
— Eh bien ! je ne veux plus dire.
On a raison de dire qu’elle sait. Elle connaît, en effet, les circonstances les plus minimes relatées dans son livre.