Elle étonna bien son père le jour où, à peine âgée de dix ans, trouvant dans une revue un dessin au trait, avec cette simple légende : Tombeau des patriarches Abraham, Isaac, Jacob et de leurs épouses, elle dit avec une assurance dénuée de toute pose :

— C’est le caveau de Mecphéla en la ville d’Hébron, voisine de Bersabée. Abraham l’avait acheté quatre cents sicles d’argent pour inhumer Sara.

Cependant son étude favorite amène parfois en elle des velléités de révolte et de fâcherie.

La piété des bonnes sœurs, ses premières éducatrices, était trempée de mansuétude et de douceur. On lui faisait voir Dieu à travers toutes les choses de la nature qu’elle aima toujours infiniment. On lui répétait que le bon Dieu protège, que le bon Dieu pardonne, que le bon Dieu aime jusqu’aux méchants. Elle était persuadée que, du bon Dieu, il ne pouvait arriver rien que d’heureux.

Or, cette théorie s’accordait trop bien avec ses propres conceptions de petite fille très tendre pour qu’elle en changeât volontiers. Elle se refusait à admettre les rigueurs de la « loi de crainte » : le déluge, Nadab et Abiu dévorés par les flammes, Coré, Dathan et Abiron précipités dans un gouffre subitement ouvert sous leurs pas, les serpents du désert à la morsure brûlante, la peste, la lèpre, le feu du ciel et les bêtes féroces.

Ne raisonnant même pas sa répugnance à croire ce qu’on lui affirmait, elle se levait de sa place et prononçait nettement, péremptoirement :

— Non.

Et le jour où il lui fallut reconnaître que l’Histoire sainte ne mentait pas, elle déclara en manière de conclusion.

— J’aime bien le petit Jésus dans sa crèche, mais je n’aime pas le vieux bon Dieu d’autrefois qui était toujours en colère.

Dans la suite, Marie-Rose fut une grande liseuse. Elle se passionna pour certains auteurs et pour certains ouvrages ; mais son amour de l’Histoire sainte telle qu’elle l’avait apprise au couvent survécut à toutes les sympathies nouvelles.