Marie-Rose est beaucoup moins brillante en écriture. Ses bâtons et ses jambages sont loin de mériter des éloges. Ses lignes grimpent, puis retombent brusquement sans se soucier d’être le plus court chemin d’un point à un autre. Elle crève son papier en remontant les déliés ou casse les becs de sa plume en descendant les pleins. Elle prend trop d’encre et remplit sa page de pâtés qu’elle lèche ensuite malgré la défense formelle. Puis elle néglige de sécher le papier qui se met à boire, et le désastre est complet. Parfois même elle accroche le coton qui repose au fond de l’encrier pour absorber le trop plein du liquide, et ses voisines reçoivent alors plus que leur compte d’éclaboussures. Ses doigts sont imprégnés jusqu’à l’os, et il est rare que sa figure soit indemne passé le premier quart d’heure.

Toute contrainte corporelle lui étant supplice, si la maîtresse insiste trop fort pour obtenir ce qu’on appelle une « bonne tenue », c’est-à-dire le coude au corps, le poignet souple et les doigts allongés sans raideur, Marie-Rose, crispée, lance son porte-plume au milieu de la classe, et c’est bien heureux quand l’encrier ne suit pas le même chemin.

On la met « au coin » jusqu’à ce qu’elle promette de s’appliquer, ce qu’elle se garde bien de faire, car elle aime beaucoup mieux être le nez au mur que devant son cahier. Elle a plus que l’horreur, elle a l’épouvante des leçons d’écriture. Quand on lui dit pour lui faire honte :

— Les chats de la Communauté écriraient mieux que vous.

Elle répond avec un soupir d’envie :

— Oui, mais on ne les fait pas écrire, eux.


Marie-Rose est tout aussi nulle en arithmétique.

L’enseignement du calcul se borne, dans la classe verte, à la numération ; mais c’est encore trop pour la petite fille. Les chiffres et les nombres se heurtent chez elle à un cerveau fermé qui dédaigne de s’ouvrir.

Elle est souvent réprimandée pour sa mauvaise volonté.