— Dépêchons-nous, il n’y a presque plus personne à la queue. Si nous arrivions trop tard, nous aurions du pain sec.

En route, on croise une Verte, déjà pourvue de sa tartine.

— Françoise !… Crois-tu ?… Marie-Rose que voilà au couvent. Va chercher Denise pour qu’elle la voie.

Mais, au lieu d’aller chercher Denise, suivant l’ordre de son aînée, Françoise Louvière s’empare de la main restée libre de la petite cousine. Denise, avertie par la rumeur, vient bientôt se joindre au trio. Comme Marie-Rose n’a pas trois mains, ainsi que le fait remarquer judicieusement Camille, la dernière venue s’empare d’un pan de sa robe, et, triomphalement, on arrive à la « distribution ».

Une religieuse, debout devant une grande corbeille remplie de pain, donne à chaque enfant une tartine sur laquelle elle a posé un petit tas de confiture noire.

— C’est du cirage, déclare Marie-Rose.

Et les trois jeunes pensionnaires se mettent à rire de ce que la petite nouvelle a, d’elle-même, trouvé le mot qui, au couvent, sert à désigner la compote de raisin.


La récréation bat son plein : des cordes tournent pour le « passe-passe », se balancent mollement pour le « bateau », cinglent au « vinaigre », se raidissent aux « doubles-tours ». Quelques petites enragées, afin de ne pas perdre une seconde de plaisir, ont confié à de plus jeunes qu’elles, très honorées de rendre service à une ceinture supérieure, leur tartine dans laquelle elles mordent une bouchée à la hâte, quand le jeu le leur permet.

Des Bleues jouent au ballon. L’une d’elles, perchée sur le bord de la terrasse, lance la sphère de caoutchouc qui rebondit et que l’on rattrape en bousculade.