Saint Pierre Fourrier écrit dans sa règle : « Les maîtresses enseigneront toujours doucement, en sorte que les esprits tendres des petites filles ne soient pas trop chargés, ni ennuyés, ni dégoûtés. Elles procéderont tout simplement, sans discours subtils ni recherchés, se contentant de ce qu’elles estimeront sortable à la capacité de leurs petites auditrices. »

Ces judicieux conseils étaient suivis à la lettre, et si l’enseignement était toujours grave, il n’était ni rébarbatif ni maussade.


Il convient pourtant de faire exception pour la comptabilité commerciale, une étude fastidieuse, encombrante, et d’ailleurs parfaitement inutile.

Parmi les pensionnaires qui y furent astreintes, celles que les circonstances obligèrent à prendre une part active aux affaires, furent une minorité infime ; et encore, pour celles-là, l’enseignement de la comptabilité tel qu’il était pratiqué au couvent, ne dut servir absolument à rien.

Cela se traite sur trois immenses cahiers appelés respectivement : brouillard, livre de caisse et journal démotique — démotique ! On y emploie des formules bizarres dont le sens reste impénétrable à la majorité, par exemple : M. DE RICHE-PENSE : Ma traite sur lui pour fin courant, 1250 francs. Ou encore : M. BARBIER : Son billet à mon ordre, 375 francs. On y remplit de longues colonnes dont les totaux apparaissent démesurés, effrayants.

Afin d’avoir un aperçu de toutes les opérations commerciales, on s’y trouve alternativement banquier, armateur, industriel, marchand d’équipements militaires ou de denrées coloniales et bien d’autres choses encore.

Dans chaque division, une élève, une seule, et encore pas toujours, s’en tire à peu près ; deux ou trois autres suivent péniblement le train, la plupart restent en panne, résignées à la défaite.

C’est à la classe blanche que l’on commence cette étude, mais la hantise en existe dès la rouge. « Quand vous ferez de la comptabilité commerciale ! » disent les grandes à celles de leurs compagnes qui se plaignent d’une difficulté dans leurs études.

Il faut bien croire que ce travail n’est pas accessible au plus grand nombre puisqu’il exige une maîtresse spéciale ; les professeurs ordinaires ne s’en tireraient pas. C’est la mère Saint-Jean-Baptiste qui, une fois par semaine, pour chaque division, vient au Pensionnat apporter ses lumières.