Il y a des pensionnaires qui aiment mieux répondre les plus grosses bêtises que de rester court, et c’est cela qui met la classe en joie. Mais les maîtresses ne s’en fâchent pas trop. Elles savent bien que leurs élèves sont fatiguées par toute une semaine de travail, et que l’application a fléchi. Elles trouvent bon de la réveiller par un exercice amusant et préfèrent un peu de dissipation à l’ennui morne qui émane d’une lassitude commune.

Berthe Anfray s’est fait une spécialité des réponses hilarantes. Ce n’est pas qu’elle soit inintelligente, ni surtout qu’elle manque de mémoire ; elle retient, au contraire, beaucoup de choses et de mots. Seulement, on croirait que dans son esprit les choses et les mots font bande à part et que, le moment venu de se réunir, chacun ne reconnaît plus sa chacune. L’aplomb tranquille avec lequel elle débite ses énormités est la chose la plus comique du monde. Elle ne s’étonne ni ne se fâche de l’effet produit, et c’est avec un très grand calme qu’elle riposte :

— Tiens ! je croyais…

Marie-Rose, qui écrit son journal, enregistre ponctuellement les opinions scientifiques de sa compagne et, de temps en temps, les lui rappelle pour la maintenir dans l’humilité. Mais cette réminiscence, faite sans méchanceté, est acceptée sans la moindre confusion.

— Tout le monde dit des bêtises, remarque paisiblement Berthe, je n’échappe pas à la loi commune.

Quelques réponses de Berthe sont restées légendaires parmi ses anciennes compagnes.

D. — Qu’étaient-ce que les Guelfes et les Gibelins ?

R. — Une pâtisserie flamande que les Espagnols du Moyen Age mangeaient le Vendredi saint.

D. — Qui est l’inventeur de la brouette ?

R. — Bède, le Vénérable.