Puis il s’enfonça avec mélancolie dans son coin pendant que la locomotive sifflait à grand bruit, et lançait d’énormes colonnes de fumée noire, dans la nuit entièrement venue.

XX

En remontant en voiture, Jean avait si fort pressé le cocher, qu’en moins d’une heure et demie il était à Kerdren. Sa femme ne l’attendait pas aussitôt, et quoiqu’elle eût entendu le bruit des chevaux dans la cour, le jeune homme franchit avec une telle rapidité les marches de l’escalier, qu’elle n’avait pas encore quitté sa place quand il entra dans le salon. Elle était assise dans un grand fauteuil, la tête un peu renversée sur le dossier, les mains jointes sur ses genoux, et le front et les yeux très éclairés par une lampe posée derrière elle. Son attitude exprimait aussi bien le repos que la lassitude, mais Jean n’y vit que cette dernière chose, et pendant qu’elle se soulevait en lui tendant la main avec un sourire de bienvenue :

— Vous êtes fatiguée ? dit-il anxieusement.

— Mais, paresseuse tout au plus, répondit-elle avec gaieté. Vous connaissez mon goût pour les fauteuils. Vous êtes arrivés pour le train ?

Pendant qu’elle parlait, il la regardait avec une attention profonde, détaillant chacun des traits de son visage.

Assurément, elle était maigrie, et sous ses yeux il remarquait pour la première fois un très léger cerne d’un bleu doux, qui donnait à son regard quelque chose de noyé et de charmant, mais d’un peu triste aussi. Un mouvement de colère folle le prit contre lui-même.

— Fallait-il que ce fût un étranger ?…

Mais comme Alice, étonnée de son silence, renouvelait sa question :

— Certainement, répondit-il.