— Et que vous a-t-il dit ? fit-elle avec anxiété.
— Ce que je viens de vous répéter, qu’il fallait fuir nos brouillards et notre pluie presque constante pour gagner un meilleur abri.
— Et quoi encore ? Jean, dites-moi la vérité, s’écria-t-elle en le voyant secouer la tête comme pour exprimer qu’il avait tout dit. Dites-le-moi, je vous en supplie ! Je suis de force à l’entendre, je vous jure !
Elle parlait avec une extrême vivacité et sa figure témoignait d’une anxiété si réelle et si poignante qu’il sembla au jeune officier que devant cette angoisse, le cœur allait lui faillir et que dans le bouleversement de ses traits, la pauvre enfant lirait toute la vérité, d’un mot.
Mais il était trop bien préparé à ce trouble qu’il avait prévu pour ne pas dompter cette rapide faiblesse, et avec toutes les ressources que donnent la volonté, le cœur et l’esprit unis ensemble, il s’efforça de rassurer la jeune femme et de détourner sa pensée du point douloureux qui l’occupait. Mais à tout ce qu’il disait, Alice opposait la même réponse :
— Alors pourquoi ne m’en avoir pas parlé tout de suite si ce n’était pas grave ?…
Et devant cette logique obstinée et clairvoyante, il ne savait plus que dire. Il avait beau objecter le choix du yacht, qui pouvait être long, difficile, le plaisir de la surprise qu’il espérait lui faire, elle restait triste et défiante.
— Pauvre ami, lui dit-elle enfin, après un instant de silence, en posant mélancoliquement sa tête sur son épaule, pourquoi m’avez-vous épousée ?…
— Pourquoi, répliqua Jean en tressaillant, mais pour être le plus heureux des hommes vous le savez bien !
— A présent, peut-être, fit-elle toujours avec tristesse ; mais plus tard ?