Au début il l’avait écoutée saisi par l’imprévue de ses paroles, et n’osant point interrompre cette pauvre voix si faible : mais éprouvant au dedans de lui un déchirement comme il n’en avait pas encore ressenti.

Certes, il savait bien que la jeune femme était perdue, et il n’y avait pas d’instant où cette idée ne se présentât cruellement à sa pensée ; mais l’entendre ainsi se condamner elle-même, il lui semblait que c’était le dernier coup. Aussi, oubliant toutes ses résolutions de prudence, il se laissa aller à son désespoir avec une impétuosité sans mesure, montrant l’intensité de sa souffrance tout entière et protestant qu’il ne la subirait pas, avec des éclats de passion désespérée.

Il accusait le ciel, il défiait la mort, il jurait que si on enlevait de sa vie ce qui en était l’essence même, il ne continuerait point de vivre.

— Mon pauvre ami, disait la jeune femme avec désolation, vous blasphémez !

Et il lui répondait d’une voix sombre :

— Je ne sais pas si je blasphème, mais je sais que je souffre une douleur si insupportable que je ne veux pas l’endurer toujours !

— Vous retournerez à Kerdren, reprenait-elle.

— Kerdren sans vous ! Kerdren, où vous avez ressenti les premières atteintes de votre mal ! mais je le hais Kerdren !!…

— Vous reprendrez la mer, alors, vous naviguerez toujours !…

— La mer ! la mer maintenant !