— Mais que vous a-t-il dit enfin, ce missionnaire ! demanda-t-elle au bout d’un instant, cherchant à se donner des preuves matérielles de ce qu’elle entendait, comme on le fait quand on croit rêver.

Il le lui répéta aussitôt, décrivant avec la puissance d’éloquence qu’il trouvait toujours dans ses émotions, l’impression que lui avait produite ce modeste vieillard.

Le prêtre qui s’était trouvé si heureusement placé sur le chemin de Jean était comme l’avait dit celui-ci un homme simple, sans grande facilité de parole, et rendu timide par son grand isolement ; mais il y avait une conviction et une foi si profonde dans son cœur, et sans dureté, sans menaces emphatiques, il possédait à un tel degré, l’art de ramener à la juste notions des devoirs et des obligations de la vie, qu’il était impossible de ne pas en être frappé.

Comme le curé d’Ars, qui émotionnait tous ces auditeurs, rien qu’en leur disant : « Mes enfants, aimez-vous !… Aimez-vous !… je vous en prie !… » tant il mettait d’onction et de tendresse paternelle dans ces simples paroles le missionnaire rappelait en quelques mots avec tant de profondeur la loi de la souffrance humaine, son inévitable rencontre et sa grandeur quand on en considère la fin, qu’il entraînait à l’acceptation de la douleur quoi qu’on eût.

XXVII

Depuis le moment où Jean avait laissé le missionnaire auprès de sa femme, la révélation si inattendue qu’Alice venait de recevoir avait fait son chemin dans son esprit. L’impression particulière que lui avait fait éprouver à elle aussi ce digne prêtre dont la simplicité touchait parfois à la grandeur, lui expliquait mieux le revirement subit de la pensée de son mari, et en outre de la tranquillité que cette résolution lui causait, si peu égoïste qu’elle fût, la pensée de cette vie qui devait être murée à tout jamais après elle lui semblait un adoucissement à la peine horrible avec laquelle elle se séparait de cet être si ardemment aimé.

La première elle se mit à lui en parler quand il redescendit, et comme malgré elle, deux larmes coulaient sur ses joues en s’occupant de cet avenir où elle n’avait plus de place :

— Ma chérie, lui dit Jean avec douceur, est-ce que ce projet vous peine ?…

— Moi ? s’écria-t-elle, oh mon Dieu, vous ne savez pas lire tout l’égoïsme de ma pensée !

Elle baissa la voix et ajouta :