— Rien ne me serait plus doux, puisqu’il faut vraiment que je vous quitte. Qu’y a-t-il en effet sur terre qui soit plus près des morts que les prêtres ?… Quand vous prierez, il me semblera qu’un peu de vos paroles sont pour moi ; et si je vous vois consolé…

— Ne prononcez point ce mot-là, dit-il en l’interrompant et en se raidissant tout à coup ; nous parlons de vivre et d’accepter ; c’est tout.

— Savez-vous, lui dit-elle un peu plus tard, quel serait mon désir suprême ? Je voudrais vous broder moi-même la première étole que vous porterez !… Oh ! si j’en pouvais avoir le temps !… Le pensez-vous, Jean ?

C’était plus que n’en pouvait supporter le pauvre garçon qui s’enfuit dans son bureau où il demeura la tête entre ses mains, jusqu’à ce qu’il eût repris la force de parler.

Quand il rentra dans la chambre d’Alice, le sol était embarrassé d’étoffes qui formaient un monceau près du canapé, et entre ses mains elle tenait de la soie blanche qu’elle retournait en tous sens.

Presque à chacune des stations faites par le Kerdren, Jean lui avait acheté des bibelots, des bijoux ou des étoffes de soie qu’il trouvait originales, et c’était ce qu’elle venait de faire sortir de ses armoires. Dans cette soie blanche, unie, elle avait fait tailler par sa femme de chambre une étole, et maintenant elle y appliquait elle-même de grosses fleurs.

Il semblait que l’énergie de sa volonté lui eût rendu soudain ses forces d’autrefois et elle tirait l’aiguille d’un mouvement presque vif.

— Voyez, dit-elle à son mari quand la Bretonne fut sortie… L’aimerez-vous ?

Il regarda pour lui complaire et détourna la tête sentant que son courage allait encore faiblir.

— Cela me rendra si heureuse de penser que vous l’aurez ! fit-elle à demi-voix…