— C’est ce noir qui vous pâlit, dit-il en désignant avec mécontentement l’étoffe de sa robe flottante. Quand donc quitterez-vous le deuil ?…

— Il n’y a pas un an, répliqua machinalement la jeune femme, sans remarquer plus que lui ce que la demande et la réponse avaient de singulièrement pénible.

Et comme il murmurait à demi-voix :

— J’aurais tant voulu vous voir quitter le deuil !

— C’est bien facile, dit-elle avec douceur, et je ne crois pas que mon pauvre père s’en attriste.

Le lendemain, grâce à l’activité de sa femme de chambre elle put mettre un vêtement clair dont la singularité allait bien à sa beauté toujours délicieuse. C’était une laine souple d’un blanc de neige achetée à Constantinople, et sur laquelle couraient quelques fleurs d’argent et d’or d’une délicatesse exquise.

Ce jour-là, Alice posa le dernier lis sur son étole et elle montra tant de joie de sa réussite que sa voix résonnait sous la tente, presque avec la gaieté des anciens jours, quoique le son en fût doux et voilé comme le chant d’une harpe entendue d’un peu loin.

En se voyant si près de finir, elle s’accorda quelques loisirs, remettant au lendemain d’attacher la tresse du bord, et par une fantaisie qu’elle avait rarement, elle demanda à dîner sur le pont. La veille au soir la mer avait été phosphorescente, et elle avait trouvé si admirable ses flots éblouissants, que le Kerdren fendait comme un oiseau, en faisant jaillir des milliers d’étincelles qu’elle espérait les revoir encore, et craignait qu’on ne lui permît plus de revenir si elle était rentrée avant la nuit.

On était à la fin de février, et le crépuscule très court des pays chauds faisait que presque sans transition on passait du jour à la nuit.

La main dans la main de Jean, Alice regardait avec extase et lui montrait du doigt ce qu’elle admirait.