Tout le reste était parfait, et, charme plus rare encore que sa beauté, elle paraissait complètement ignorante de ce qu’elle était.

Sa figure, d’un ovale délicieux un peu allongé, avait un teint d’une fraîcheur éblouissante, mais en même temps d’une coloration et d’une transparence si particulières qu’on ne peut le rendre qu’en le comparant à ces pétales intérieures des roses du Bengale qui vont en dégradant insensiblement de ton depuis les bords jusqu’au fond, et arrivent ainsi du rose exquis au blanc le plus pur.

Ses cheveux ondés naturellement comme ceux des statues grecques, encadraient cette finesse d’un blond cendré, dont la douceur était extrême. On eût dit que, sur la nuance primitive tout à fait dorée, on avait semé à profusion une fine poussière d’argent. La bouche, aux lèvres un peu épaisses, avait l’air d’une fraise bien mûre, et les dents étaient si jolies et si égales qu’on avait dû prendre la peine de les choisir une à une. Mais l’originalité de sa figure était ses yeux bruns et veloutés comme une capucine bien sombre, et qui se retroussaient tout à coup au coin par un caprice inattendu, infiniment gracieux. Les sourcils suivaient le même mouvement, et il en résultait que le regard avait toujours quelque chose d’un peu étonné et de naïf dont on lui savait gré, car tant de beauté appelle en général plus d’assurance.

La toilette qu’elle portait encadrait à merveille sa grâce et sa jeunesse, et on ne comprenait pas qu’elle pût être autrement vêtue qu’on la voyait là. Sur une étoffe légère, on avait cousu ou collé une quantité de boutons de roses mousseuses qui formaient un semis serré et qui donnaient de loin l’idée de ces belles soies brochées d’autrefois dont le relief était palpable. Tout le devant de la jupe et du corsage était pareillement couvert de muguet, et les mêmes fleurs se retrouvaient dans les cheveux.

C’était le printemps fait femme, et tournant si heureusement les difficultés de la toilette actuelle qu’il restait gracieux en dépit de la mode.

Un murmure discret mais expressif accueillit l’entrée de la jeune fille, qui déjà intimidée en sentant tous les yeux fixés sur elle, et éblouie par les lumières, perdit tout à fait contenance et tendit à la comtesse un gros bouquet fait des mêmes fleurs que celles qui ornaient sa robe, en balbutiant comme une écolière qui oublie tout à coup le compliment qu’elle devait réciter.

— Elles sont charmantes, dit affectueusement madame de Sémiane en prenant le bouquet, et en gardant la main qui le tendait. Est-ce que vous les avez cueillies sur vous ? ajouta-t-elle en souriant.

Puis laissant à la jeune fille le temps de se remettre, elle se tourna vers le comte de Valvieux en lui parlant avec vivacité des incidents de la journée.

Il n’était pas possible d’imaginer un plus grand contraste que celui qui existait entre le père et la fille : elle si mince et si grande ; lui, d’une taille moins que moyenne, d’une carrure athlétique et d’une constitution sanguine.

C’était un de ces hommes dont les passants disaient habituellement en le rencontrant :