On venait de quitter la salle à manger, et le café circulait dans le grand salon de la comtesse.
La villa qu’elle habitait, admirablement située, était entourée d’une profusion de palmiers d’où elle avait pris son nom, et le salon qui s’ouvrait sur un jardin d’hiver, puis sur une vérandah découverte, arrivait ainsi par degrés, et de massifs en massifs, jusqu’au véritable jardin.
L’influence du jour se faisait sentir là comme partout, et de quelque côté qu’on se tournât, il y avait des fleurs et encore des fleurs. Les hommes massés près des fenêtres causaient par groupes, et la comtesse circulait autour des corbeilles, allant gracieusement des uns aux autres.
— C’est vraiment un fait digne de remarque, dit-elle tout à coup en s’approchant des officiers. Partout où il y a des lumières et des uniformes, cela prend un air de bal.
— On en devrait louer, comme on loue des appliques, n’est-ce pas, madame ? répondit gaiement Jean ; ce serait un moyen de relever les soirées ternes… Notez que ce n’est pas pour ici que je dis pareille chose !
— Ce serait difficile à croire avec ce qui nous arrive ! Regardez bien. Voilà qui est plus égayant encore pour les yeux que les lumières, et même les épaulettes, ne vous déplaise !
Et la comtesse, qui s’éloignait tout en finissant sa phrase, marcha vivement du côté de la porte, sur le seuil de laquelle un domestique annonçait à haute voix :
— Monsieur le comte et mademoiselle de Valvieux.
Madame de Sémiane n’avait rien exagéré, et la nouvelle venue était en effet aussi bonne à voir qu’on pouvait le souhaiter.
D’une taille au-dessus de la moyenne, extrêmement mince et élancée, elle faisait songer à un jeune peuplier dont on vient d’enlever le tuteur pour la première fois, et qui ne sait pas encore au juste s’il va pouvoir se tenir droit tout seul. Ses épaules mêmes étaient étroites, mais cela lui donnait une sorte de grâce enfantine ; c’était d’ailleurs le seul reproche qu’on pût lui faire.