— Est-ce donc M. Champlion qui est votre tuteur ? demanda Jean.

— Mon tuteur ? reprit-elle en le regardant avec étonnement. Mais vous n’avez donc pas su notre ruine ? Je suis ici comme institutrice d’Angèle.

— J’avais bien appris la perte de votre fortune, répondit-il, mais je ne croyais certes pas que c’était…

Il s’arrêtait, il ne savait vraiment plus que dire, en face de ce double malheur.

— Si, répondit-elle tristement, c’était tout. On m’a offert cette position dans la troisième lettre de condoléance que j’ai reçue, le surlendemain de mon deuil. C’était bien tôt, n’est-ce pas ? et cela m’a fait de la peine… J’aurais voulu qu’on attendît que je parlasse… Puis j’ai su ensuite ma situation tout entière, et j’ai accepté. J’ai seulement demandé un peu de temps, et on m’a dit qu’on me donnait trois semaines. C’était assez, puisqu’il fallait toujours commencer, et depuis huit jours je suis ici.

— Mais vos parents, vos amis ?

— Nous n’avons plus que des cousins si éloignés ! Ils m’ont dit que je faisais bien, et mes amis aussi. Que vouliez-vous qu’ils fissent ? Puis quand on s’est tant aimé à deux, on oublie un peu d’aimer les autres, et nous étions trop nomades pour avoir près de nous plus que des connaissances ; ou, bien alors les parasites, ceux qui venaient pour notre fortune.

Il sembla à Jean que le ton de la jeune fille devenait un peu amer et, involontairement, il repensa à la pléiade…

— Eh bien ! cria à ce moment la voix la plus triomphante du banquier, c’est arrangé. Que diriez-vous d’après-demain ? Trop court peut être ?

Jean était également indifférent à tout, il le répéta d’un ton froid, et comme il s’inclinait pour prendre congé de la jeune fille, le banquier ajouta lourdement :