Pour le moment, la partie la plus pressante de la situation était de régler le sort de mademoiselle de Valvieux.
L’idée de la laisser davantage chez le banquier ne pouvait être admise par Jean, et comme il savait bien que, même pour les individus les plus actifs, les formalités de la loi réservent de merveilleuses lenteurs, il s’était dit que pendant quelques semaines il demanderait à madame de Sémiane l’hospitalité pour sa fiancée.
Malheureusement, la lettre que la comtesse avait écrite à Alice au moment de son deuil était datée d’Espagne, comme la jeune fille le lui apprit, et annonçait que madame de Sémiane ferait un séjour illimité à Grenade et peut-être même dans le Maroc, où elle comptait poser au moins un pied.
Il fallait donc chercher d’un autre côté, et le parti le plus convenable était évidemment de passer ces quelques jours dans un des couvents de Toulon où on recevait des pensionnaires.
Dans ces conditions, Jean abrégerait autant que possible ce qu’il avait à faire, et aussitôt après le mariage, il emmènerait sa femme à Kerdren.
Son intention était, après l’expiration du congé qu’il allait demander, de solliciter son envoi dans son port d’attache, ce qui lui permettrait d’habiter chez lui, sa propriété n’étant pas à plus de huit kilomètres de Lorient. Il n’était pas douteux qu’on lui accordât une situation dont il avait si peu abusé jusqu’alors ; et il pourrait ainsi acclimater sa jeune femme sur ce sol inconnu.
— Vous savez, lui dit-elle, que je ne voudrais vous arrêter en rien dans votre carrière ; je saurai être une vraie femme de marin, je vous le promets.
Il lui avait demandé, en riant, si elle comptait aller toute seule se faire reconnaître comme dame et maîtresse par les vassaux de Kerdren, et il était convenu que l’avenir restait arrêté de cette façon, si toutes choses demeuraient dans l’ordre actuel.
A tout ce que le jeune officier proposait, Alice accédait aussitôt. Sa bouche et ses yeux disaient oui en même temps, et dès la première heure, elle se mettait sous sa domination aussi complètement que le fit jamais créature humaine.
Elle s’était sentie tellement seule depuis un mois, qu’elle agissait maintenant comme ces oiseaux familiers qui, après un court essai de liberté, non seulement s’abandonnent à la main qui les ramène au nid, mais encore s’y blottissent avec bonheur.