Il ne restait plus désormais qu’à annoncer à M. et à madame Champlion le changement qui s’opérait dans la vie de la jeune institutrice.
Leur étonnement dépassa d’abord tout ce qu’on peut croire, et la froideur tranquille de Jean n’empêcha pas un flux de réflexions et de compliments où il fut tant dit à mademoiselle de Valvieux qu’elle faisait un rêve d’or, qu’au bout de dix minutes on avait réussi à calmer complètement sa joie.
Toute la politesse du jeune homme ne put l’empêcher alors de tirer ostensiblement sa montre, et de déclarer qu’il ne lui restait que très peu d’instants pour expliquer les projets de mademoiselle de Valvieux à madame Champlion.
La bonne dame lui offrit aussitôt son aide pour courir les magasins, ce qui paraissait résumer pour elle les préliminaires et les délices du mariage ; et quand elle comprit qu’on ne lui demandait qu’un prompt dégagement des obligations qui liaient Alice dans la maison, et son escorte jusqu’au couvent qui serait choisi, le rôle lui parut si médiocre qu’un peu plus elle le refusait. Cependant, elle finit par dire que les vacances commençaient dès l’heure même, et promit de conduire mademoiselle de Valvieux où on le souhaiterait.
Quant au banquier, il appela Jean dans un coin pour lui assurer ; en clignant de l’œil, qu’il avait tout deviné dès le premier jour et que, s’il le voulait, il conduirait jusqu’à l’autel la future comtesse de Kerdren.
On juge si la perspective était séduisante, et si le jeune officier désirait recevoir sa femme de cette main courte et rouge qui gesticulait devant lui.
Il remercia cependant comme il convient, et au bout d’un instant, il s’en alla, laissant l’hôtel Champlion à peu près aussi étonné que si une comète errante était venue y demander le complément de quelques rayons pour embellir sa queue.
— Comme c’est triste que vous soyez si riche, dit Alice, reprenant le sourire mélancolique qu’elle avait perdu depuis une heure, pendant qu’elle reconduisait son fiancé.
— Pourquoi ? lui demanda-t-il en riant. Vous voudriez avoir besoin de filer la laine de mes habits, comme la reine Berthe « au long pié » faisait pour le roi Pépin ?
— Non, mais parce que je suis si pauvre, moi !… reprit-elle encore plus tristement.