— Eh bien, voudriez-vous que ce fût le contraire, et qu’on dise que je vous épouse pour votre fortune ?

— Non, mais de moi, que dira-t-on alors !

— De vous ! que vous m’apportez avec votre jeunesse et votre beauté un joyau si riche, qu’il est bien heureux que je puisse l’enchâsser comme il le mérite !… croyez-moi, insista-t-il affectueusement.

X

Le jour suivant, ce ne fut qu’un cri d’un bout à l’autre de l’escadre : Kerdren se mariait !… Kerdren… et de quelle façon encore !

Un soir, il allait à terre pour affaires d’héritage, avait-il dit, et il faut convenir que l’heure était bizarrement choisie ; le lendemain matin, il se battait en duel à la suite d’un différend sur un point de philosophie que son adversaire et lui avaient discuté un peu vivement ; puis au milieu de l’après-midi, tout d’un coup, sans préparation, il rentrait fiancé !…

Ce n’était pas que la routine eût jamais été le fait du jeune officier, et on ne comptait plus celles de ses fantaisies qui s’étaient présentées avec l’imprévu d’une bombe. Mais, cette fois, il s’agissait de matière grave, et littéralement, comme le disait un enseigne dans son style familier, « la flotte tout entière eut ce jour-là les bras au ciel !… »

Il n’était guère possible d’agir en plus complet désaccord avec ce que Jean avait toujours dit et pensé, et ses camarades s’amusaient sans vergogne de la façon dont il sabrait maintenant ses théories.

Aussi les allusions aux « départs gâtés par les femmes en pleurs », aux « carrières entravées », au « seul vrai marin, le marin indépendant, au cœur de bronze » allaient-elles leur train, et c’était une montagne de réminiscences à ensevelir Jean tout debout.

Lui écoutait tout cela, aussi paisible que le roi François Ier, quand il avait mis au bas d’un édit, qu’il savait devoir faire murmurer, le célèbre : « Tel est mon bon plaisir ! »