A mesure qu’il montait, il entendait plus nettement.
Le piano avait le son vieilli d’un instrument abandonné depuis longtemps ; mais la voix qui s’y mariait, car la jeune femme chantait, était fraîche, veloutée et d’un timbre délicieux. A travers les tentures et les portes, la mélodie arrivait douce et captivante comme un chant de sirène, et sur le seuil Jean s’arrêta, restant immobile comme s’il eût écouté un oiseau perché sur une branche et prêt à s’envoler au premier bruit.
Juste avec le dernier accord, il mit la main sur la serrure, et frappant un léger coup en guise d’avertissement, il entra.
D’un bond la jeune femme se trouva debout, rose jusque sous les boucles follettes qui couvraient son front, et, avec un accent de regret, elle s’écria aussitôt :
— C’est vous ! oh ! je suis si fâchée de n’être pas descendue !…
— J’espère que vous ne vous excusez pas, répliqua Jean avec un peu trop de cérémonie, et que vous ne vous faites pas une obligation de venir gâter Samory !
Il y avait dans son accent une raideur involontaire, et le soin qu’il prenait de se mettre hors de la question acheva de déconcerter la jeune femme.
— Mais j’en suis heureuse, au contraire, répondit-elle d’un ton contraint, j’aime tant les chevaux !
Et sa fâcheuse timidité la reprenant, elle se mit à plaquer quelques accords du bout des doigts sans trouver une syllabe à ajouter, se sentant gauche, maladroite, et fâchée de ne pas savoir dire tout simplement à son mari que l’attente de son retour était la distraction de son long après-midi. Lui, frappait ses bottes à coups réguliers avec le manche de sa cravache, accompagnant les basses intermittentes de la jeune femme, et le silence en se prolongeant devenait si gênant qu’il fit un effort pour le rompre.
— Je ne vous savais pas musicienne, reprit-il ; si vous m’aviez parlé de votre talent, je vous aurais fait envoyer un piano : celui-ci n’est pas digne de vous.