Cette infirmité atroce, dont la misère est dans l’être, relevait-elle du démon, ou du ciel, malgré tout, pourtant?
Confusément, elle se consultait là-dessus, sans rien formuler de ses pensées, sans prier encore, proprement; mais prise au charme très puissant de cette atmosphère spéciale, qui la ramenait chaque jour.
Peu à peu, laissant sa place d’ombre, elle s’était rapprochée de l’autel; toujours sans oser parler, ne trouvant pas les mots qu’il fallait, pour dire là-haut, aux êtres purs, dans le Paradis: «J’aime Séverin, rendez-le-moi!»
Seulement à force de rester là, tout près, sans rien faire que regarder, elle connut si bien la Main dans le moindre de ses détails, que sa matérialité et ce qu’elle gardait de si réel, lui demeura seul sensible, et qu’un soir, comme le soleil en se couchant, après avoir empourpré tout le ciel, venait roser jusqu’aux doigts fins dans leur prison de cristal, la bouche de Catheline s’ouvrit.
«Vous qui avez vécu, commença-t-elle,—le lien le plus direct, et la beauté la plus émouvante de la religion jaillissant de la simplicité de son cœur,—vous qui avez vécu, secourez-moi!»
Et, ces mots trouvés, désormais sa peine s’épancha journellement.
—Vous qui avez vécu; c’est-à-dire vous qui avez connu et senti les choses humaines, les mêmes que je sens aujourd’hui. Vous qui avez été jeune; qui avez pu éprouver la détresse de l’isolement. Vous qui savez ce que c’est que de pleurer, non pour des lames à sept glaives et des peines surterrestres, avec des yeux de femme qui pleure. Qui avez connu peut-être faute ou faiblesse. Qui avez vécu enfin...
C’était bien vraiment l’amie assez prudente, assez instruite, assez pitoyable que ne rencontre jamais une femme pour épancher pareil chagrin.
Sans espoir d’aucune sorte, Catheline demandait l’oubli seulement. Et elle pensait avec une joie violente à cette paix reconquise, que sa volonté sans puissance n’avait pas su faire en elle, et qu’un secours supérieur allait lui apporter tout d’un coup; à sa vie qui pourrait reprendre, à cet ensorcellement, qui lui paraîtrait surprenant, le charme rompu.
De temps en temps, pour mesurer le progrès fait, elle évoquait volontairement l’image de Margot près de Séverin, espérant que les grandes vagues qui lui montaient alors du cœur à la tête n’étaient plus que de la colère.