Elle regarde les yeux de l’homme qu’on amène ainsi près d’elle; elle écoute sa voix, elle se trouble de sa force, et de tout ce qu’elle sent en lui que d’autres ne lui ont jamais montré.

Elle ne le compare à personne, puisque c’est le premier qu’elle voit occupé d’elle de cette façon; et à l’instant, il bénéficie de tout ce qu’elle a dans son cœur de désirs et d’enthousiasme.

S’il est tel qu’elle le choisirait à n’importe quelle heure de sa vie, tout est bien. Si non, elle le refait.

Le voilà peint tout en rose.

Les couleurs viennent de sa palette; mais elle l’ignore absolument, et il faudrait une nature d’homme bien dénuée et bien ingrate pour ne pas prendre de l’éclat à ce badigeonnage radieux...

L’amour est né, et toujours en se rappelant cette minute, elle en tiendra compte à celui qui la lui a fait connaître comme d’une chose venue de lui.

Marier alors les filles si jeunes et si stupides qu’elles ne distinguent pas entre la valeur réelle et la nullité aimable?... Les marier confiantes et joyeuses. Et puis bêtes si l’on peut! Il y a bien du bonheur, va, à savoir être simplement bête.

Si je l’avais été davantage, hier sur mon balcon, j’y aurais senti moins tristement tout ce que je t’écris là, et j’aurais regardé avec plus de résignation les côtés choquants de l’amour arrangé sur table, puisque j’étais venue, moi aussi, m’asseoir de l’autre côté de cette table.

Et comment aurais-je résisté à venir m’y asseoir? C’était depuis six mois une telle insistance de mes frères!...

—Brigitte ne peut pas rester comme ça.