Puis, peu à peu, autour de cette prière obstinée, recommencée chaque jour par Catheline, de l’anxiété s’était élevée.

Qu’est-ce que demandait la jeune fille? Le retour de son ami sans doute.

Était-ce une chose espérable?... La Margot était dangereuse. Séverin toujours pris aux pipeaux de qui chatouillait son amour-propre...

Ramener chair d’homme endiablée par une enjôleuse, c’était encore une autre tâche que de délier des jambes, qui ne demandent qu’à courir.

La Sainte pourrait-elle ce miracle?

Et on se remémorait les grâces les plus éclatantes accordées par elle, jadis; comparant, discutant, avec un secret effroi de la voir, ici, par disgrâce, faiblir à son grand renom; en voulant un peu à Catheline de l’exposer à pareil échec.

Mécontent de la rumeur, dont il recueillait quelque bruit, le curé fut au moment d’interdire l’église à la jeune fille. Mais sa tenue modeste et sage déconcertait tous ses moyens, rendait cet affront impossible.

Comment contraindre une femme, non seulement à ne pas prier, mais surtout à ne pas prier pour la chose qui lui emplit tout le cœur, dont elle ne dit mot à personne; qu’on sait seulement qu’elle murmure.

Les jours passaient pourtant. Séverin ne reparaissait pas. Les vendanges étaient bien finies. L’espoir de Catheline diminuait... Qu’avait-elle osé implorer?...

Sa constance ne se démentait pas; mais moins par espoir persistant, que par une sorte de point d’honneur reconnaissant et délicat.