Mais avant que ses pieds tremblants l’eussent supportée debout, l’homme avait franchi d’un bond le dernier de ces pas, si lents à monter tout à l’heure, et ils s’étaient trouvés, face à face, elle et Séverin, leurs yeux rivés les uns aux autres.
Regard, tout de violence d’abord, éclatant chez Catheline d’une fureur indicible; chez l’homme d’une volonté si impérieuse et si ardente que la tendresse y sombrait.
Toute la souffrance des jours derniers bouillonnait follement dans le cœur de la pauvre fille.
Lui! lui! Il était devant elle, et il osait parler comme ça. Il osait prendre sa voix molle, sa voix basse qui tremblait, qui lui avait dit autrefois ses mots d’amour les plus secrets, la voix qu’il prétendait jadis qu’il pouvait voir passer, tout le long du corps de son amie. Et il parlait de repentir.—Le repentir de la soif!...—
Par jets rapides, enfiévrés, ses yeux disaient tout ça, expressivement, comme si sa bouche serrée eût prononcé chaque parole. Et, à mesure que cette douleur et ce reproche entraient ainsi dans le regard de Séverin, son attitude, à lui, se modifiait.
L’audace disparaissait. Il baissait la tête graduellement, revenant au grand repentir qui le faisait gémir tout à l’heure.
Tout bas, pour le double mystère du lieu où il se trouvait, et des mots tendres qu’il murmurait, il tâchait d’attendrir cette amertume si naturelle, et il semblait qu’autour de lui tout fut propice à ce qu’il tentait. Le jour baissant. L’odeur des fleurs, qui mouraient au pied de la châsse. La faible lampe devant l’autel, intime comme une lampe de chez soi. L’atmosphère de miséricorde, d’amour, de merveilles.
—Tant de bonheur encore, Catheline, si tu veux pardonner une fois! Bien plus que je t’ai fait souffrir, je te ferai heureuse maintenant.
«Il n’y a que s’aimer qui compte! Dis, qu’est-ce qui égale ça: joie ou douleur? As-tu trouvé qui le remplace?...
«Et penses-tu, Catheline, que pour toi, comme pour moi, il n’y a que de nous deux au monde, que cette joie peut nous venir?...