Il y travaillait depuis une semaine, et finissait, par excès de zèle, le dépouillement d’un cartonnier tout rempli de vieux parchemins, se demandant s’il n’y trouverait pas la conclusion de son discours: quand il y avait, bien au contraire, recueilli la révélation, la plus troublante, et la plus inattendue.
Par un écrit fort précis, où la culture spéciale d’une femme lettrée du XIIIᵉ siècle ne laissait place à aucune erreur de langue, et rédigé dévotement, sous la forme d’une confession, il venait de découvrir, avec l’horreur qu’on peut croire, que la relique vénérée comme la main d’une auguste sainte, cette main, prestige de son église, gloire et protection du pays, n’était que la main d’un page indigne, jadis aimé d’une noble dame, et dont la jalousie du mari avait fait brutale justice.
Comment confusion, si monstrueusement sacrilège, avait pu se produire! Il fallait lire la confession dans sa naïveté cynique, mêlée d’humilité et de grandeur, pour le pouvoir concevoir.
Il y était dit en propres termes, par cette comtesse de Rochechouart, qui avait fait don à Panazol de cette singulière relique, et y était honorée, pour ce, comme la bienfaitrice de l’église: qu’il vivait dans son château, aux premiers temps de ses vingt ans, parmi les pages de son service, un jeune homme bien tendre et bien beau, à l’âme si ardente, au cœur si soumis, que l’amour, sans qu’elle sût comment, s’était glissé un jour entre eux.
Le comte, chasseur passionné, courait le loup tout le jour. Le soir, il rentrait harassé et, après avoir bu, dormait.
Et pendant qu’il menait cette vie seigneuriale et violente, la châtelaine, avec son page, assis sur un carreau de soie, à ses pieds, près de ses genoux, lisait les vers des poètes, raisonnait de ce qu’ils disaient, ou chantait des lais amoureux, que le page accompagnait de son luth et de son regard... Jusqu’à ce que la dame, arrêtant la main de l’enfant sur les cordes mélodieuses, la prît entre les siennes, pour jouer à comparer laquelle de ces mains gracieuses l’emportait sur l’autre en: forme, blancheur, petitesse.
Mais quelque soin que prît la comtesse de la finesse de sa peau, de ses ongles d’agate polie, c’était toujours la main du page qui était la plus belle des trois, brillant entre les siennes comme une douce fleur de lys, quand ils les mêlaient ainsi, car il l’avait merveilleuse. Et c’était par cette main charmante, avouait après la noble dame, que l’amour avait dû, subtilement, lui parvenir jusqu’au cœur.
Tout ceci en grande pureté et droiture parce que la dame était sage et forte, le page chevaleresque et respectueux, et qu’il pensait qu’avec ça on pouvait mourir heureux, sans rien demander davantage.
Et ce fut ce qui lui arriva, soit que quelque méchante langue eût parlé trop haut des poètes, du luth et des lais, soit que le comte, tout en courant, devinât de loin les choses.
Un jour, par suprême honneur, il emmena le page à la chasse. Mais quand il revint ce soir-là, au lieu de s’asseoir et de boire pendant qu’on défaisait ses bottes, comme il en avait l’habitude, il monta jusqu’à la salle où sa femme rêvait seule, ayant congédié ses suivantes, et lui lançant quelque chose qui vint tomber contre ses pieds: