«Voilà, madame, lui dit-il, la belle main qui vous est chère. J’ai voulu qu’elle vous restât.»

Quand la pauvre créature, revenue aux sens de la vie, baissa dans un mortel effroi ses yeux qui n’osaient pas regarder, son carreau s’était teint de pourpre et, dessus, la main pâlissait de tout le sang qu’elle perdait.

Un coup la tranchait au poignet, net comme ouvrage de bourreau, et ses ongles effleuraient le luth dont ils jouaient encore le matin.

La comtesse se mit à genoux, prit entre ses doigts cette main, comme elle avait fait trop de fois, et s’en fut dans son oratoire.

Tant que sa vie dura après, elle n’en sortit plus guère, soumise, sans quitter le château, aux plus austères pénitences et à la règle la plus étroite.

Sur l’autel, dans une boîte scellée—cristal et ors ouvrés—la main adroitement embaumée, belle et pure comme durant sa vie, étendait sa forme charmante; et la comtesse, prosternée devant, priait, pleurait, se repentait.

De la chose tragique, nul ne connut jamais rien, hormis le comte et la dame.

Le page, tué par accident, demeura sans sépulture au fond d’un précipice.

A peine si la retraite soudaine adoptée par la triste femme, son ardente piété éclatant, éveillèrent chez quelques-uns l’idée d’un rapprochement possible. Mais il y avait si loin de la préférence la plus vive, des jeux les plus imprudents à un tel dénouement de drame, que personne n’approcha jamais de la réalité arrivée. Et sa vie continua ainsi.

La délivrance vint pourtant, mais rapide et foudroyante, dans un mal qui anéantissait l’être comme la volonté; et ce fut à peine si la comtesse put formuler, au moine venu pour l’assister, ses suprêmes recommandations.