Il pensait au scandale, à tout le passé détruit, à tant de cœurs froissés, de foi ébranlée peut-être, à la joie venimeuse des ennemis d’une religion où les manifestations matérielles, qu’on lui reprochait de tant de côtés, pouvaient amener de pareilles erreurs, à son église, à son troupeau.

Il se disait que l’objet n’est rien, qu’il vaut par ce qu’il signifie. Que ce coffre aidait à la croyance d’êtres simples, désireux de voir; mais que leur prière, dégagée de tout, n’allait pas moins où il fallait.

Il pesait le mal et le bien, et son cœur se serrait d’angoisse.

Devait-il en référer à l’autorité supérieure, ou juger seul de son devoir, et enfermer ce secret pour épargner à d’autres les doutes qui le torturaient?

Il y avait bien eu sacrilège. Mais, béni par tant de prières, que n’était pas devenu ce pauvre objet, reste de deux expiations tragiques?

Il eût voulu être ce moine, dont la simplicité primitive avait tout établi ainsi: «N’avoir rien lu. Ne rien savoir.»

Les yeux mouillés, l’esprit en peine, il évoquait la cérémonie du lendemain, ce courant d’amour, de prières, qui venait là si naïvement, cet espoir de miracles qui soutenait les désespérés.

Quand il leur aurait enlevé ça, par quoi le remplacerait-il?

Alors il se mit à genoux et pria Dieu de permettre que la Main fût à ses yeux de bois, de cire ou d’or, comme d’autres objets de piété. De vouloir bien considérer que tout est pur aux êtres purs. Enfin, en le jugeant, de daigner, pour son pardon, lui tenir compte des cœurs qu’il lui garderait ainsi, en les préservant du froissement de la déception, et du doute qui vient ensuite.

Puis son parti pris, du fond de sa conscience, il vérifia minutieusement les papiers qu’il venait de lire, et, sans un mouvement de remords, il les brûla, jusqu’au dernier.