Une grande allée de milieu partait de là, bordée des deux côtés par des plates-bandes multicolores, merveilleusement fleuries de ces fleurs mélangées qui étaient la joie et le cachet des jardins d’autrefois.
Belles de jour, capucines, dahlias, rosiers, soucis, résédas, verveines, balsamines, œillets musqués, œillets blancs; avec un incessant bourdonnement de guêpes et une intensité de parfums que je n’ai senti que là. De place en place, un grand soleil, penché en avant sur sa tige et dont nous disputions en automne les graines noires aux oiseaux. Des roses trémières, étageant sur leur canne verte leurs pompons roses, blancs, soufres—où mes cousines puisaient sans relâche pour confectionner des poupées.
Un brin de bois traversait la fleur, simulant une longue taille gainée; et la cloche renversée sur ses bords, nous avions des régiments de danseuses, en jupes soyeuses, de couleurs vives, qui s’alignaient en bataillons.
Après, c’était le carré de gazon, où quatre statues symboliques gardaient gravement, depuis des années, un cadran solaire en marbre; puis enfin, le «jardin de buis» qui fermait la propriété.
Oh! ce jardin; étrange, humide, un peu sombre, remplissant l’air d’une forte odeur, comme il nous charmait autrefois.
C’était le théâtre des jeux qui demandaient du mystère...
En bordures, en boules, en charmilles, on n’y voyait rien que du buis, ferme et brillant comme du métal.
Dans la fraîcheur perpétuelle, causée par les bois voisins, il poussait là, arborescent, prêt à toutes les merveilles, comme l’avait prouvé mon grand-père: des merveilles de taille de direction et de patience. De sorte que le promeneur non prévenu s’arrêtait tout à coup, stupéfait de se voir passer entre la rondeur d’un pot à anses, ou l’élégance d’une coupe à pied.
Tout bien compté, le service comprenait huit pièces.
Le sucrier, en forme de coupe, une théière à ventre bombé, et six tasses rangées autour.