—Tu es venu par la forêt?... Tu es entré par-dessus le mur?... Tu as coupé ou arraché?...

Il avait beau dire et beau faire, il n’obtenait que le même geste: les mains du petit s’ouvraient, s’écartaient, expressives comme des paroles d’impuissance ou de lassitude, puis retombaient.

—Défends-toi donc! criait mon frère. Il faut toujours se défendre...

Pendant que ma mère montrait les pieds, le misérable petit corps, le maigre visage du malheureux. Et cela suffisait pour sa défense, en vérité.

Venu à pied depuis Paris, dans cette nuit et par ce froid. Le cœur me tournait d’y penser.

—Si j’entrais pourtant chez toi, continuait mon grand-père, enragé de toucher à la fin ce flegme morne, et que je te prenne ce que tu aimes le plus. Que dirais-tu en me trouvant?

Le petit avait presque ri, comme amusé à cette idée; puis l’amertume avait reparu, et toujours de sa voix rude:

—Oh moi! avait-il répliqué, je n’ai jamais rien eu à moi. Vous pouvez prendre...

Il secouait ses épaules pointues, avec son geste habituel, qui ressemblait au mouvement par lequel on jette un fardeau, et faisait avec ses yeux le tour de la chambre.

Comme le feu flambait ce matin-là! Comme les fauteuils paraissaient bons, les bibelots de grand-père, coquets! et nous tous confortables avec le thé, le lait, le chocolat que nous finissions de prendre, et dont la chaleur et le goût nous restaient encore aux lèvres.