» Puis brusquement s’abattant dans un fauteuil :
» — Voilà pourtant dix-huit ans que je vis auprès d’elle ! fit-elle avec éclat.
» — Est-elle donc toujours ainsi ? lui demandai-je.
» — Toujours !
» — Mais qu’est-ce qu’elle a, enfin ?
» — Que sait-on ? reprit-elle en hochant la tête. Du verjus dans l’esprit, peut-être ! Je pense qu’il y a des femmes qui poussent mauvaises comme des herbes qui poussent orties. Elle est dans les orties, évidemment.
» — Et contre vous, à part ma présence ici, qu’est-ce qui la fâche habituellement ?
» Elle ne répondit rien, me regardant d’un air indécis, avec une ombre de sourire qui relevait sa lèvre, et elle se mit à tirer machinalement les longs poils de son chien. Je la regardais, attendant qu’elle parlât, et, tout en regardant, je me sentais si frappé du contraste de ce charmant visage avec le masque dur et large de la grande femme qui sortait de là, que je m’écriai sans réfléchir :
» — Serait-ce donc parce que vous avez dix-huit ans et qu’elle ?…
» Le sourire s’accentua davantage, et mademoiselle d’Erlange me regarda à travers ses cils, tout en disant :