» Et comme j’insistais :
» — Monsieur, me dit-il assez sèchement, je suis d’âge et de caractère à prendre la responsabilité de mes actes ; vous me ferez donc le plaisir de m’envoyer tous ceux qui pourront y trouver à redire.
» Et il me tourna le dos pendant que mademoiselle Colette continuait à crier :
» — Mais puisque vous êtes chez moi ! Mais puisqu’on vous dit que vous êtes chez moi !
» La pauvrette n’y voyait pas plus loin.
» Finalement, le docteur s’est engagé sur l’honneur à me libérer dans dix jours, et j’ai promis de ne tenter nulle évasion jusque-là. Mais en résumé, vois-tu, je suis exaspéré. J’ai beau faire, la position est fausse. A tous les bruits de portes, je tressaille comme un écolier en rupture de ban, et volontiers je renverrais mademoiselle d’Erlange à ses affaires ! Seulement, elle n’y entend pas malice. C’est une scène, voilà tout, elle en a vu bien d’autres, et elle continue son train ordinaire en toute insouciance. »
20 avril.
C’est fini, les beaux jours s’en vont, et j’ai beau faire maintenant, sans savoir comment ni pourquoi, mais toutes mes rêveries finissent par des larmes.
C’est sans le vouloir et sans même m’en apercevoir. Je m’assieds sur mon divan comme autrefois, je pense aux mêmes choses toujours, et ce qui me faisait plaisir hier, ce qui me faisait rire si gaiement que je mettais ma tête dans les coussins pour qu’on ne m’entendît pas, me rend triste à présent. J’enfonce encore ma figure à la même place, mais quand je me relève l’étoffe est mouillée, et c’est seulement alors que je m’aperçois que j’ai pleuré.
Quelle scène affreuse elle a faite, ma tante, et comme j’avais le cœur serré ! Je craignais tant que M. Pierre ne se fâchât !