— Tu pars, ma Colette ? m’a-t-elle dit en riant…
Je n’ai pas répondu, je ne me reconnais le droit de rien annoncer encore ; mais elle ne savait pas dire si vrai !
15 mars.
Certainement, entre moi et mon saint, l’entente se fait. Aujourd’hui, comme j’enlevais avec mon plus fin mouchoir de batiste la poussière tombée depuis la veille sur ses pieds, il m’a semblé qu’un sourire passait dans ses yeux et que sa petite branche de lis fléchissait un peu comme dans un signe encourageant.
16 mars.
Ai-je quelque chose qui me trahit dans ma figure et dans mes manières, je ne sais pas, mais l’œil de ma tante s’agrandit et se fait inquiet quand il me suit.
J’ai regardé dans une glace ce que je pouvais montrer ; je n’ai vu que mes joues plus roses et mes yeux plus noirs. Il me semble que toutes les couleurs de ma personne ont foncé depuis quelques jours, et que là, comme ailleurs, l’approche d’un événement d’importance se fait sentir.
Mon pauvre Un aussi ne comprend plus rien à mes façons d’agir. Autrefois, quand je m’agenouillais par terre, c’était pour me rapprocher de lui, et il se pelotonnait bien vite pour me servir de coussin ou de jouet. Maintenant, c’est le silence absolu que je lui impose, et mon doigt est invariablement levé quand il m’approche.
17 mars.
Mon émotion grandit toujours, et je ne sais plus qu’imaginer pour mieux manifester ma ferveur. A chaque seconde, du reste, ma confiance s’augmente aussi, et même j’ai peur qu’elle ne devienne de l’outrecuidance, tant je la sens paisible et forte ! Puis, je me mets à compter sur mes doigts les trois vertus théologales, et quand j’arrive à la foi je m’arrête.