Pour moi, j’étais confondue ! Cet homme se réveillant du délire, chez des étrangers, souffrant très fort, et qui se mettait à parler tranquillement de n’importe quoi sur ce ton demi-railleur, et sans même demander quel était l’accident qui l’avait jeté dans ce lit, cela ne ressemblait à rien de ce que j’avais imaginé.

Sans m’asseoir, j’avais posé ma main sur le dossier du fauteuil, et je restais sans voix et sans idée devant cet étrange individu. Puis, la demie sonna à l’horloge, et le souvenir de la potion me revenant :

— Il faut boire ceci, Monsieur ! lui dis-je en prenant le verre préparé sur la table.

Mais il se recula avec un geste non équivoque, et, désolée, je répétai sur un ton suppliant :

— Je vous en prie. Monsieur, c’est pour dormir !

— Je le sais bien ! fit-il entre ses dents, c’est dans la pièce !…

Il but sans ajouter un mot ; puis, comme Benoîte, que j’avais forcée à aller se jeter sur son lit, rentrait doucement :

— Et voilà le vieux François ! ajouta-t-il.

Il reposa sa tête sur l’oreiller en murmurant : « Merci ! » et, dix minutes après, il dormait comme il a dormi jusqu’à l’arrivée du docteur, qui est près de lui à présent.

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