— Amnistie complète enfin, même pour lui, n’est-ce pas ?

Et il me montrait du doigt la malheureuse statue de mon saint Joseph, qui se retrouve par je ne sais quel prodige dans un des coins de la chambre.

J’ai rougi jusqu’aux yeux, augmentant ainsi la chaleur de ma figure, que je sentais déjà brûlante, et où je devinais mon nez tout gonflé et déplorablement luisant ; et, comme je ne répondais rien, M. de Civreuse a eu peur que je ne me remisse à pleurer, et il s’est dépêché d’ajouter :

— Mais soyez tranquille, Mademoiselle ; je ne sais rien de la nature de vos griefs, je ne connais que la punition sans ses causes.

— Je le pense bien, lui ai-je répondu, car il aurait fallu lire à travers mon front pour cela. Je n’en ai rien dit à personne.

Il n’a pas insisté, et je suis partie pour aller mouiller mes yeux.

Le docteur, qui sort d’ici, est enchanté du front de son blessé. Il dit que le mal disparaît avec la rapidité d’un miracle ; mais, quant au genou, il m’a avoué en confidence qu’il ne voit aucun mieux jusqu’à présent, et que le temps et une immobilité absolue sont les seules choses qui peuvent assurer une guérison complète. Fasse le ciel que M. de Civreuse consente à avaler de bonne grâce ces deux amères médecines !

Quant à moi, c’est avec un soulagement que je ne peux pas dire que je reste à présent auprès de mon malade. Il n’y a plus d’explication pénible à redouter entre nous, et encore que son humeur n’en soit pas sensiblement adoucie, cela me met du moins beaucoup plus à l’aise.

Pour lui, il reste un peu sombre, toujours froid, et avec cette tendance à l’ironie qui se fait jour à tout propos.

— Je suis né grognon, voyez-vous, me disait-il tout à l’heure, et, comme personne n’a songé à tirer cette mauvaise herbe en mon printemps, c’est maintenant un petit chêne dont moi-même je ne fais plus façon.