» Elle a rougi jusqu’à l’extrémité de ses doigts en détournant la tête ; mais, au bout d’un instant, elle a repris plus bas :
» — Oh ! c’est que moi je demandais du très difficile ; c’est pour ça !
» Elle avait peur, évidemment, de me décourager par son insuccès et de m’induire en tentation ou en révolte, et moitié pour sa candeur, moitié parce que je craignais de l’avoir froissée, j’ai ajouté en manière de conclusion :
» — Il est certain qu’il ne faut jamais désespérer de rien, et peut-être ce que vous souhaitez est-il beaucoup plus près de vous que vous ne le pensez !…
» Quant à sainte Colette, je ne crois que faiblement à ses vertus, voilà la vérité ; mais si tu entendais parler d’une de ses célestes compagnes qui présidât au reboutement des fractures, mets-lui un cierge, mon ami, car je n’avance pas, malheureusement. »
28 mars.
Depuis quelque temps, une idée m’est venue, et j’ai beau lui hausser les épaules en plein visage, lui montrer que je la trouve absurde, elle reste là et s’implante chez moi, si bien que je n’ai plus en tête autre chose.
Mais c’est si fou que, pour l’écrire, je ferme ma porte à trois verrous et que je tourne deux pages blanches, afin de mettre bien à part cette imagination ridicule.
A force de réfléchir à ma dernière aventure, de repenser à la violente façon dont j’ai traité mon pauvre saint, à ma colère, à ce qui en est résulté, au jour enfin où M. de Civreuse a pénétré à Erlange, je me suis demandé,… je me suis dit qu’il était possible ;… enfin il m’est entré dans l’idée que peut-être saint Joseph avait exaucé mes prières malgré tout, et que M. de Civreuse était le sauveur et le héros attendu.
Je sais bien qu’il ne venait pas à Erlange, qu’il ne pensait pas à moi, et qu’à présent encore ses façons ne sont rien moins que galantes… Mais cette coïncidence pourtant !