Nous franchîmes le patio. Zénab souleva la lourde portière qui masquait l’entrée du harem, en personne habituée, pour laquelle les lieux n’avaient plus aucun mystère.
Nous parvînmes au premier étage. Tout de suite les sons de l’habituel orchestre arrivèrent jusqu’à moi. Noune, houd, darrabouck faisaient rage de compagnie. De temps à autre, des voix féminines accompagnaient l’air sur un timbre suraigu. Je n’eus pas trop le temps de me demander où j’étais, ni si cette musique entendue était une musique de fête. Une femme entre deux âges, la face outrageusement peinte, les cheveux passés au henné couleur de sang, les yeux démesurément agrandis de kohl, venait vers nous, dans un balancement des hanches et des cuisses qui lui donnait la démarche peu gracieuse d’une oie.
— Qui est cette hanem, Zénab ?… Est-ce pour une leçon ?
Zénab, dans la crainte que je ne répondisse trop vite, se hâta de dire :
— Oui et non, madame… C’est une jeune Persane qui veut voir les leçons des autres pour essayer de faire une école comme la vôtre dans son pays.
— C’est un talari, alors, Zénab !…
Je m’exécutai et donnai un écu, de plus en plus intriguée… Mais Émilie me tirait vers elle, par un pan de ma habara !…
— Pour l’amour du Ciel, madame, allons-nous-en !… Cette femme est folle de nous avoir amenées ici !… Madame sûrement ne se rend pas compte… ce n’est pas la place de madame… Je ne voudrais pas que madame me reprochât ensuite de l’avoir laissée même une heure dans cette maison.
Émilie, moins naïve que moi, se figurait des choses épouvantables. Une apparition inattendue commença de me donner confiance et rassura ma pauvre camériste affolée.
Par la porte que Zénab venait d’ouvrir devant nous, Sett-Seddia, une cigarette aux lèvres, sa Noune posée sur ses genoux, causait tranquillement avec une femme, modestement mise, à côté de six autres personnes, toutes fort correctes et plutôt mûres. Seddia la première nous aperçut :