— Ce n’est pas ce que tu crois… Non, j’ai à te montrer quelque chose qu’aucune chrétienne avant toi n’a vu ; une chose que tu ignores et qui t’amusera, ma colombe… Seulement, il ne faut pas le dire ici ; sans cela, on me chasserait, et la pauvre Zénab n’aurait plus de gîte.
— C’est donc mal, Zénab, ce que tu me proposes ?…
— Voilà. C’est mal et ce n’est pas mal… ça dépend des idées. Je te mènerai dans une maison où tu ne rencontreras que des personnes très respectables, mais qui seraient fâchées si elles savaient que je leur conduis une dame qui n’est pas Égyptienne. Chaque peuple a ses habitudes, qu’il n’aime pas voir divulguer. Viens, ma sœur, tu ne le regretteras pas…
Que ceux qui jamais ne sentirent l’aiguillon de la curiosité tourmenter leur cervelle, me pardonnent.
Zenab avait dit :
— Je vais te montrer quelque chose, qu’aucune chrétienne avant toi n’a vu…
Je n’avais pas dix-huit ans ! Personne n’était là pour me guider. Une envie terrible me prenait de voir ce spectacle défendu aux profanes ; d’ailleurs, ma fidèle Émilie et Zénab seraient avec moi… Que pouvais-je craindre ? J’acceptai de revêtir la habara et nous partîmes.
— Surtout parle très peu, me souffla Zénab, je te présenterai comme une dame persane descendue chez ma maîtresse. Je dirai que tu ne sais pas très bien l’arabe.
… Ainsi, cette fille stupide trouvait cependant des subterfuges surprenants pour l’accomplissement de ses volontés.
Nous partîmes en voiture et, en quelques minutes, le cocher nous déposa dans le quartier même de Darb-el-Gamamiz devant une maison d’apparence fort honnête. Deux grands eunuques surveillaient la porte.